REVOK : Blind-Test

Le quintet Revok naît en 2003 de l’accouplement fécond de membres de Gameness, Seanews et Belle Epoque, trois formations aujourd’hui défuntes issues de la scène DIY de région parisienne. Après deux démos autoproduites, Bad Books And Empty Pasts, leur premier album, est une sombre collision entre déflagrations noise et errances post-hardcore exposées avec autant de sobriété que de violence et de profondeur, et qui confirme (sur bande) tout le bien que l’on pensait déjà de ce groupe (sur scène).
Test en aveugle effectué au basement de Rejuvenation Records, Clichy s/Seine, avec la présence de Greg et Agnès du label et bien sûr de Revok au ‘presque complet’ puisque seul Fabien, la voix et les cheveux du groupe, n’était pas de la partie.

Revok

Cyril: Basse
Alex : Vidéos & Textes
Eric : Guitare

Revok2

Michel: Batterie
Jérôme: Guitare
Fabien: Chant


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1. UNSANE “Only Pain”
(Visqueen, Ipecac 2007)

unsane - visqueen

[audio:01_Unsane_Only Pain_Visqueen.mp3]

Cyril & Jérôme (immédiatement): Unsane !
On en a malheureusement discuté hors micro, mais brièvement et pour ceux qui étaient au concert, qu’avez-vous pensé de la prestation d’Unsane hier soir?
Eric: Bien !
Jérôme: Enorme ! Rien à dire.
Alex : Super solide, des bêtes de présence.
Justement, entre la première fois que je vous ai vus sur scène, il y a environ un an et demi/deux ans à l’Espace B et vos derniers concerts, vous avez pris énormément d’assurance et d’aisance sur scène.
Eric : Je ne suis pas sûr que l’assurance sur scène soit un acquis.
Jérôme : A force de tourner et de faire des concerts, je crois quand même qu’on est plus sûrs de nous qu’aux débuts du groupe, ne serait-ce qu’au niveau de la mise en place.
Cyril : On se connaît mieux aussi. On a plus confiance.
Eric: On dit souvent qu’on doit arriver à se mettre dans une bulle sur scène.
Jérôme : Oui, si par malheur l’un de nous sort de cette bulle, le concert peut se casser la gueule à tout moment.
Eric : Au-delà de la simple notion de style, le postulat de départ de Revok sur scène ou sur disque, c’est de faire une musique sombre, glauque et sans espoir. Je crois d’ailleurs que le pire d’entre nous à ce niveau-là, c’est Jérôme qui fait systématiquement voler en éclat la moindre note un peu positive. Du coup, sur scène, on ne peut pas se permettre de faire des blagues et des grands sourires.
Alex : Le revers de la médaille, c’est qu’on peut passer pour un groupe un peu froid.
revok live
Beaucoup de groupes surjouent la violence et le côté sombre. C’est rédhibitoire pour moi. Vous, vous avez au contraire cette sobriété dans le jeu, cette espèce de violence rentrée sans démonstration.
Alex : Je ne pense pas que notre musique appelle la démonstration. Il ne s’agit pas de faire une débauche de sentiments. On présente quelque chose, tout simplement. Je crois aussi que dans Revok, nous n’avons pas tous le même bagage. On vient d’univers musicaux très divergents et c’est donc beaucoup plus naturel pour nous de ne pas se plier aux codes imposés par telle ou telle scène.
Michel : Je crois qu’on essaye aussi de tendre vers une ambiance un peu animale où ce sont les matériaux qui travaillent : le métal des cordes, le bois et les peaux de la batterie, l’acier des cymbales. C’est cette masse sonore qui plombe l’atmosphère.
Eric : Oui. Ça, plus un peu d’humilité. C’est une musique qui appelle à un minimum de retenue et de décence.
Et on en revient à Unsane : ce qui est si bon chez eux finalement, c’est ce mélange de brutalité, d’assurance et paradoxalement d’humilité. La boucle est bouclée.

2. GAMENESS “Misconduction” (The All Seeing Eye, Recap 2003)

gameness - the all seeing eye

[audio:02_Gameness_Misconduction_TheAllSeeingEye.mp3]

Jérôme (en moins d’une seconde): Gameness, “Misconduction”.
Facile. Il y a donc deux Gameness dans Revok. Un absent (Fab) et un présent (Jérôme). Vous vous êtes reformés pour un concert d’adieu en banlieue cet été. C’était vraiment le dernier concert?
Jérôme : Oui, le der des ders.
Même si on vous paye très cher ?
Jérôme A voir… (Rires). Non, c’était vraiment le dernier.
Revok est donc né sur les cendres de Gameness et de Seanews ?
Jérôme: Pendant la fin de Gameness plus exactement.
Cyril : Et Seanews était encore en activité.
Jérôme : On est vraiment obligé de parler des années 80 ? (Rires)
Oui. Et tiens, pour la peine, c’est toi qui t’y colles.
Jérôme : Bon, je vais essayer de t’expliquer. Quand on a commencé, il y avait juste Michel, Cyril et moi. On vient tous du même coin, Versailles, Vélizy…
C’est la french touch.
Jérôme : Presque. Eric, donc, ne faisait pas encore partie du groupe et à l’époque, on jouait avec le guitariste de Gameness, Thomas. Il y avait Morgan de Gameness au chant, puis Alex a remplacé Morgan. Nous avons fait trois-quatre répètes avant d’arrêter. On avait quand même eu le temps de composer quelques morceaux qui se sont retrouvés sur la première démo. Au bout de 6 mois, nous avons reformé le groupe avec Eric à la guitare et Fabien au chant.
Pourquoi ces changements ?
Jérôme : On a viré Morgan parce qu’il dormait et ne venait plus aux répètes, et Alex parce qu’il était nul au chant. Quant à Fab, il nous a tannés pour venir chanter avec nous. Il faut dire qu’il jouait dans Tomfool, un groupe plutôt pérrave (Rires).
Michel : Fabien a commencé à vraiment trouver son style sur le deuxième EP.
Fab était batteur dans Gameness. Avant de rejoindre Revok, il n’avait jamais chanté, si ?
Jérôme : Si, dans Tomfool justement. Mais ça, ne l’écrit pas s’il te plaît ! (Rires)
Greg (Rejuvenation) : C’était assez néo-métal.
Jérôme : Avec un chant très maniéré.
Cyril : Et démonstratif.
Greg (Rejuvenation) : Un groupe de jeunesse.
Bon, je crois que Fabien a bien fait de ne pas venir (Rires).
Jérôme : Quand il est arrivé dans Revok, on lui a dit « ok, mais essaye de chanter autrement »
Eric : Ça rejoint aussi cette recherche de sincérité, dans la musique comme dans la voix. C’est Michel qui a défini ces quelques règles : foutre en l’air tous les effets, éviter les clichés au maximum et aller à l’essentiel. Il appelle même Revok « la préhistoire du Rock ».
Alex : Pour la gouverne de Fab, c’est quelqu’un de très musicien, avec une oreille incroyable et une facilité hallucinante pour retenir les sonorités et ressortir ce qu’il a entendu.
Jérôme : Le problème, c’est qu’au début, il kiffait un peu trop Eddie Vedder. Il copiait sa manière de chanter. Mais petit à petit, il a chopé le truc…
Alex : Ce qui est extraordinaire, c’est que Fab ne parle pas anglais ou très peu. C’est Eric et moi qui écrivons les textes, et ce essentiellement en anglais. Si tu lui lis le texte en le prononçant correctement, il sera capable de te le recracher tels quels malgré le fait qu’il ne maîtrise pas la langue. Et puis il arrive à placer parfaitement les intentions là où elles doivent être, et pas ailleurs.
Jérôme : C’est un chanteur qui n’a pas d’ego, contrairement à la plupart des chanteurs. C’est un vrai atout. Il ne s’est jamais vexé quand on lui a suggéré de modifier ses lignes de voix ou quand on le dirigeait sur sa façon de chanter. Quand quelque chose n’allait, il revenait la fois d’après en ayant tout changé. Aujourd’hui, on n’a même plus besoin de lui dire quoi que ce soit.
Alex : De la même façon, il avait tendance à charger et il a appris à épurer. Et puis son rôle dépasse largement le cadre du chant. Il donne son avis sur les structures les arrangements. Il a une vision globale du groupe.
revok - live @ peniche alternat juillet 07
Une dernière question par rapport au fait que Fab et Jérôme faisaient partie de Gameness. L’une des conséquences, c’est que la musique de Revok est souvent assimilée hâtivement et à tort à du screamo. J’imagine que ce rapprochement ne vous convient pas vraiment. D’ailleurs, si on vous demande ce que vous faites comme musique, vous répondez quoi ?
Jérôme: Evidemment, Revok ne fait pas du screamo. Le chant, le format, le jeu de guitares n’ont rien à voir avec du screamo. On est très très loin de ça. Quand on me demande ce qu’on fait, je réponds généralement stoner-noise. C’est ce que des types ont dit à propos du nouvel album.
Du stoner-noise ? Va pour le côté noise, mais stoner… Je ne vois pas du tout.
Jérôme: Et rock-noise, ça te va ?
Déjà plus. Mais pour moi votre musique est clairement un mélange de noise et de post-hardcore.
Cyril: Oui, ça me va.
Alex: Du rock gras et sombre.
Jérôme: C’est bien ce que je dis, du stoner-noise ! (Rires)

3. SONIC YOUTH “Kool Thing” feat. Chuck D (Goo, Geffen 1990)

sonic youth - goo

[audio:03_SonicYouth_KoolThings_Goo.mp3]

Jérôme(en moins d’un quart de seconde): Sonic Youth, « Kool Thing ». J’adore ce morceau.
Eric : Merde. Il a sauté dessus à bras raccourcis.
Le pire, c’est que ce morceau était pour toi Eric. Au départ, on voulait te mettre un Pavement, pour parler de ton passé glorieux ou moins glorieux. Mais on a changé en cours de route. Le but, c’était de te mettre un morceau pop… Loupé. Bref, Tu jouais dans Goo Goo Blown, une formation pop de banlieue parisienne qui a fini par signer sur une major et qui en est morte.
Eric: Il n’y a aucune gloire dans Goo Goo vu comment ça s’est terminé…Tu sais que Michel jouait aussi dans Goo Go ?
Non, je l’ignorais. En tout cas, c’est très loin de la musique de Revok. Comment passe-t-on de la pop light de Goo Goo Blown à la noirceur de Revok ?
Michel : Eric écoutait de la noise. Ça ne pouvait que coller.
revok @ peniche alternat juillet 07
Eric: Il y avait du dépit. Il y avait surtout un manque. Je ne me retrouvais plus vraiment dans le fait de jouer des chansons très ciblées, pleines de violons. Tu nous passes du Sonic Youth… J’avais quand même une certaine idée du bruit. J’aurais de toute façon tendu vers ça tandis que Goo Goo s’en écartait de plus en plus. Goo Goo, c’était vraiment le groupe de lycée monté dans une chambre. C’était très louable à l’époque.
Jérôme : Sans parler à sa place, je crois que Revok convient beaucoup plus à la personnalité d’Eric. La première fois qu’il est venu jouer avec nous, je me suis dit qu’il devait être frustré dans son autre groupe.

4. NEUROSIS “Lost”
(Enemy Of The Sun, Alternative Tentacles 1993)

neurosis - enemy of the sun

[audio:04_ Neurosis_Lost_EnemyOfTheSun.mp3]

Jérôme (encore): Neurosis.
Le nom de l’album, quelqu’un?
Eric: Enemy Of The Sun.
Bien joué! Neurosis, c’est un groupe dont vous vous sentez proches?
Alex : Définitivement.
Cyril : C’est un groupe qui nous rassemble tous.
Jérôme : Avec Breach, je crois que Neurosis est une de nos plus grandes influences. On écoute tous des choses extrêmement différentes dans le groupe, mais je crois que s’il y a un seul album qui nous a tous mis d’accord, c’est The Eye Of Every Storm.
Michel : Au tout début de Revok, Fab m’a prêté It’s Me God de Breach. A l’époque là, je n’écoutais pas beaucoup de hardcore. Mais cet album-là… Il s’est vraiment passé quelque chose de presque surnaturel. Au point que je me dis même qu’ils le joueront avec l’orchestre de Radio-France dans 10 ou 15 ans. C’est franchement sublime.
Et puis sur scène, Neurosis utilise aussi une armada de vidéos…
Jérôme: C’est honteux, aucun d’entre nous n’a jamais vu Neurosis sur scène.
Alex : L’utilisation de la vidéo est aussi une des raisons pour lesquelles on se sent proche de ce groupe. Cette envie de poser un univers et de proposer quelque chose qui va au-delà de la musique…
Comment en êtes vous venus à intégrer systématiquement des vidéos à vos concerts ?
Michel: Quand Alex à laissé tomber le chant dans Revok, je lui ai dit : S’il y a une chose que tu sais faire et bien faire, ce sont les images.
Alex, tu travaillais donc déjà sur l’image à l’époque.
Alex : Oui, j’étais en fac de cinéma. J’ai toujours eu une activité graphique. J’ai commencé par faire des collages à la main et je me suis mis à la vidéo parce que j’étais passionné d’images et de cinéma.
Comment ça se passe concrètement ? L’image vient-elle avant ou après la musique ?
Cyril: D’abord la musique, ensuite le chant, et enfin l’image.
Jérôme: C’est marrant que tu parles de ça parce qu’en ce moment, on essaye justement de faire l’inverse. Alex est en train de finir des petites animations et on va essaye de poser la musique dessus.
Alex : Oui, Michel a déjà fait la B.O.du premier au theremin et au clavier, et celle du second avec des violons, des claviers, du piano et de la batterie. La B.O. du troisième sera donc faite par Revok. Mais jusqu’ici, les images étaient faites pour les concerts et arrivaient donc toujours après la musique.
Les autres, vous avez aussi votre mot à dire sur les vidéos ?
Eric: Oui, dans le sens où lorsqu’une vidéo défile pendant un concert, ça te donne des idées sur ce que tu aimerais voir à tel ou tel moment d’un morceau, pendant que tu le joues. Un plan fixe par exemple. C’était plus vrai quand on avait des télés sur scène. Maintenant qu’on utilise une vidéo-proj, ça sera sûrement plus compliqué.
Jérôme : D’ailleurs, avec le vidéo-proj, on va se vraiment se remettre à répéter avec l’image. On aimerait avoir plusieurs versions vidéo différentes pour un même morceau.
Vous pourriez envisager de faire des concerts sans vidéo ?
Cyril: Non. On l’a déjà fait une fois ou deux, mais ça fait partie intégrante du live.
Jérôme : Sauf dans le cas où on a une super date sur laquelle Alex ne peut absolument pas venir.
Alex : Après tout, il y a bien des groupes qui jouent même si le gratteux est malade. Donc il n’y a aucune raison que je bloque un concert, même si la vidéo dans Revok n’est pas la dernière roue du carrosse, ce qui est quand même le cas dans pas mal de groupes. De manière générale, je ne suis pas très fan de ce que la plupart des groupes propose au niveau de la vidéo.
Greg (Rejuvenation) : Fait attention à ce que tu dis… ! (Ndlr : Allusion entendue à Microfilm, groupe post-rock poitevin qui fait intervenir des projections vidéos sur scène et dont le dernier album, Stereodrama, vient notamment de sortir sur Rejuvenation en co-production avec Paranoid, Migouri et Theatre Records)
Alex : Justement, Microfilm est un des rares groupes dont j’apprécie le travail sur l’image. En plus, ils n’ont pas du tout la même démarche que nous. Je pensais plus à Lvmen ou à Red Sparowes par exemple. J’aime beaucoup Lvmen mais j’ai trouvé leurs projections nulles à chier voire scandaleuses. Ces espèces d’extraits de Mangas ont un côté très ado…
Jérôme : Quant à Red Sparowes, ils projettent des photos qu’ils changent toutes les deux minutes. Il n’y a aucune création. L’énorme différence, c’est qu’Alex ne monte pas des bouts de films préexistants, il crée tout ce qu’il utilise, du début à la fin.
Pour finir sur l’aspect visuel, parlez-moi de l’artwork de l’album. Il a été réalisé par le tatoueur parisien Yann de Your Meat Is Mine…
Jérôme: Oui, il avait fait la pochette de notre deuxième démo aussi. Malheureusement, il part habiter au Canada, donc je pense que ça sera la dernière.
Alex: Yann est un pote. C’est un fan de Breach lui aussi, on a pas mal de goûts musicaux en commun. C’est aussi un très bon pote des Portobello Bones, un groupe qu’on aime beaucoup. A partir de là, et puisqu’il aimait bien notre musique, il a fait ce qui lui chantait.
Vous lui avez donné carte blanche ?
Jérôme: Presque, on lui a donné quelques idées mais ça ne marche pas.
Michel: Il bosse à l’instinct. On ne peut pas lui donner de directives. On lui a simplement donné le disque.

5. DO YOU COMPUTE “Turnstile”
(Turnstile, Rejuvenation 2007)
do you compute - turnstile

[audio:05_Do You Compute_Turnstile_Turnstile.mp3]

Jérôme & Alex: Do You Compute!
Facile. Donc DYC (pour les intimes) est un groupe tout frais émoulu qui comporte deux Revok – Cyril à la basse et Fab à la batterie -, ainsi que le boss du label Greg Reju, à la guitare et au chant. Pour l’instant, vous n’avez sorti qu’une démo. Euh, ça ne vous gêne pas de copuler entre vous comme ça?
Greg (Rejuvenation): J’avoue, c’est un peu Santa Barbara. (Rires)
Cyril: C’est vrai qu’on couche pas mal entre nous, mais on n’a pas vraiment le choix.
Parlez-nous de Do You Compute que je n’ai pas à le faire moi-même.
Cyril: DYC est né sur les cendres de Seanews.
Greg (Rejuvenation) : Quand le batteur a quitté Seanews, c’est Fab qui l’a remplacé. Ensuite, c’est le guitariste qui est parti et c’est Chewee de Use Of Procedure qui a pris sa place. On était tellement déçus tous les trois qu’on a voulu remonter quelque chose ensemble très vite. Parcontre, je ne voulais pas jouer en trio, je voulais une deuxième guitare. Sachant que Cyril était guitariste avant de prendre la basse, on n’a pas eu besoin de chercher bien loin. Donc voilà, Do You Compute, c’est un groupe de potes, on se marre, et c’est déjà pas mal.
D’ailleurs, vous avez tous un ou plusieurs projets parallèles. Un tour de table : qui fait quoi à côté de Revok ?
Jérôme: Je joue dans Brume Retina, avec trois ex-Gameness justement, Vince, Thomas et moi, et un deuxième Thomas qui est le batteur de Lab°.
Brume Retina dont l’album est d’ailleurs sorti sur…
Jérôme : … Rejuvenation ! (Rires) ou Rejuvenazi.
Cyril : Donc, moi je Do You Compute, sachant qu’avant je Belle-Epoquait. D’ailleurs Greg m’a proposé de les rejoindre dans Do You Compute sur la dernière tournée de Belle Epoque.
Michel: J’ai deux autres groupes. Le premier, Zeta Reticuli, est aux antipodes de Revok. C’est un groupe de funk-rock psychédélique.
A la Funkadelic?
Michel : Pas seulement. Il y a plein d’influences, King Crimson, Zorn, Magma, les Residents…
Et ton autre groupe ?
Michel : Les Fragments de la Nuit. C’est un quintet avec trois violons, un violoncelle et moi au piano influencé par des compositeurs comme Philippe Glass ou Arvö Part. On écrivait des B.O. de film avec ma copine, et on a décidé de les adapter pour un quintet, ce qui nous permet de pouvoir jouer toutes nos musiques en live au lieu de les laisser moisir sur la bande pour l’éternité. On passe d’ailleurs au Oh Yeah Fest cette année (Ndlr : Festival annuel organisé par Vince ex-Gameness/Brume Retina et Jérôme de Revok/Brume Retina en banlieue parisienne).
Alex : De mon côté, j’ai un groupe qui s’appelle To The Happy Few. On commence à peine. C’est très lo-fi, electro-pop avec sampler, clavier, boîte à rythme, des guitares et des voix.
Fab a-t-il aussi d’autres projets à côté ?
Jérôme: Non, rien sorti de Do You Compute et Revok.
Pour en revenir à ces histoires de copulation, c’est Rejuvenation qui a finalement sorti Bad Book And Empty Past mais au départ, je crois savoir que vous aviez d’autres plans avec un autre label et que ça ne s’est pas très bien passé. Vous pouvez me raconter?
A l’unisson: Non, on n’en parle pas.
Eric: Sans donner de nom et sans casser du sucre sur le dos du mec qui devait sortir le disque à la base, je crois qu’on a eu à faire à un mythomane pathologique, un cas clinique, un gars vraiment malade. On s’est fait berner.
Jérôme: La discussion est close.
Bien. Pour continuer sur Bad Books, c’est votre premier véritable album après deux démos autoproduites. Pourquoi avoir franchi le pas de l’album seulement maintenant?
Jérôme: Tout simplement parce qu’on n’avait pas suffisamment de morceaux, et aussi pour prendre le temps et ne pas sortir un album pour sortir un album. Nous voulions pouvoir proposer quelque chose de solide.
Alex : Oui, on avait aussi envie de faire mûrir les morceaux.
Jérôme : Tourner nous a permis d’avoir pas mal d’idées et surtout de pouvoir rôder des morceaux sur scène avant de sortir un album.
revok - sessions
Et alors, vous êtes contents de l’album finalement ?
Alex: Personnellement oui. Je suis satisfait.
Eric: C’est difficile de juger sa propre musique. J’arrive à l’écouter facilement, donc oui, je suppose.
Agnès (Rejuvenation): J’ai une question, si je peux me permettre. Pourquoi ne pas avoir inclus une plage vidéo sur le disque ?
Alex : Justement, c’était prévu. Mais là, pour le coup, c’était vraiment une question de moyens, de coûts de pressage.
Jérôme : On avait même envisagé de sortir un album avec un DVD parallèle. Ça faisait exploser le budget. C’est ça de travailler avec des labels pauvres ! (Rires)
Alex : On espère vraiment pouvoir le faire un jour.
Jérôme : On a quand même prévu de sortir un DVD.

6. HOWARD SHORE “Revok In Custody”
(extrait de la Bande Originale du film Scanners de David Cronenberg, 1981)

howard shore - scannes (david cronenberg)

[audio:06_HowardShore_ RevokInCustody_Scanners.mp3]

Michel : Je connais c’est sûr… (20 secondes) C’est Howard Shore, un morceau tiré de Scanners. Les synthés sont très particuliers.
Bravo ! C’était vraiment pas évident.
Greg (Rejuvenation): C’est le compositeur de Cronenberg ?
Michel: Pas seulement, il a fait tout un tas de B.O. Mais il a commencé avec Cronenberg, qui ne l’a plus lâché pendant toute une période de sa filmographie. Ils ont du faire six ou sept films ensemble.
Et donc, le nom, Revok, vient de ce film dont il est l’un des personnages principaux.
Michel: J’ai fait une rupture d’anévrisme il y a quelques années et c’est vrai que ça a eu un impact important sur le groupe. J’ai eu l’idée d’emprunter le nom Revok au film de Cronenberg parce que ça rejoignait complètement cet univers cérébral. Le tout premier morceau de Revok s’appelait « Cranex 350 », qui est le nom des premiers prototypes de scanners. De la même façon, j’ai donnée à Alex des images de mon cerveau pour qu’il les intègre aux vidéos. Ça fait tout de suite beaucoup plus authentique (Rires). Pour en revenir aux films de Cronenberg, il y a toujours un fond de réflexion sur l’invasion de la technologie, les déviations sexuelles et surtout ce côté organique qu’on retrouve dans notre musique.
Alex: C’est vrai que cette histoire à servi en partie de terreau à la musique et aux images de Revok. Pour les vidéos, je me sers beaucoup du vécu des membres du groupe. Revok n’aurait peut-être pas existé sans cet événement dramatique qui nous a donné envie de parler des limites de l’existence.
Et au niveau des textes, vous puisez également dans cet univers cérébral ?
Alex: Dans les textes que j’écris, je parle beaucoup de dégénérescence organique, des limites du corps, les limites du réel, des moments de rupture entre le rêve et la réalité, de visions d’apocalypse, de fin du monde. Généralement, j’écris les textes de manière indépendante de la musique. La magie s’opère via Fabien qui reconnecte parfaitement les textes à la musique en plaçant les intentions du texte à des moments clés de la musique.

7. USE OF PROCEDURE “M.O.T.H”
(Welcome, Rejuvenation/Weewee/Lateral 2007)

use of procedure - welcome

[audio:07_UseOfProcedure_M.O.T.H._Welcome.mp3]

Jérôme: Use Of Procedure. La familia!
Malheureusement, c’était un morceau pour Fab puisqu’il est invité sur ce morceau. Mais tu parles de famille, et ça nous ramène justement à cette histoire de consanguinité au sein de la scène rock/DIY/hadcore parisienne, d’arbre généalogique ou chaque membre d’un groupe à un rapport (pas forcément sexuel) avec un autre groupe.
Eric: C’est à la fois cool, et à la fois un problème. Elle s’autogère, elle vit dans une sorte de repli sur soi mais du coup elle se sclérose un peu.
Alex: Après, selon moi, il y a vraiment des individualités. Aucun groupe ne se ressemble, et de ça naît aussi l’envie de faire plein de choses les uns avec les autres.
Ça rejoint un peu la polémique qui a suivi le festival Paris brûle-t-il ? organisé par Royal Club Booking cet été à la Péniche Alternat et où vous avez joué. Les seules personnes qui sont venues finalement, c’étaient les gens de cette micro-scène parisienne, même si un groupe comme Silent Front valait largement le déplacement.
Alex: En règle générale à Paris et pour ce genre de concerts, si tu ne prends pas la main aux gens, si tu ne leur paye pas leur place, si tu ne leur propose pas de bières gratos et que tu ne leur file pas un skeud et un t-shirt, ils restent chez eux.
Greg (Rejuvenation) : Ils préfèrent surtout garder leurs sous pour aller voir Unsane, les Melvins ou Red Sparrowes plutôt que d’aller découvrir des groupes moins connus, et surtout français.
Jérôme : Il n’y avait pas que des groupes français. Silent Front, Ultra Dolphins.
Michel : Pour moi, c’est surtout une question de curiosité. Il faut avoir envie de chercher et de découvrir.
Eric : Je vais donner un point de vue un peu différent qui rejoint ce que viens de dire Michel, c’est que les auditeurs n’ont pas de raisons d’être forcément curieux et d’aller absolument à tous les concerts parce qu’il faut découvrir un groupe. Je ne vois pas pourquoi on obligerait qui que ce soit à avoir cette démarche-là. Le mec qui ne connait pas Silent Front n’avait aucune raison d’aller les voir à la Péniche.
Greg (Rejuvenation) : Non, mais il se serait pris une mandale.
Jérôme : Il y avait quand même huit groupes par jour. C’était justement un format dédié à la découverte.
Vous avez quand même l’impression de faire partie d’une scène, avec Use Of Procedure, les feu-Looking For John G, Schoolbusdriver avec qui vous allez tourner, DYC, Brume Retina, etc. ?
Alex : Je crois que même si on partage des goûts musicaux, ce qui nous unis, ce sont d’abord les affinités humaines, les amitiés. Maintenant, si ta question est de savoir si on fait ce qu’on fait en pensant appartenir à une scène, la réponse est non.
Greg (Rejuvenation) : On est surtout là pour se soutenir les uns les autres. Ce qu’on a en commun, c’est bien moins la musique que la démarche. On est bien obligé de se prendre en main puisque de toute façon, personne ne veut de nous. C’est ça le DIY.
Cyril : Oui, il y a une grosse part d’amitié. D’ailleurs, Do You Compute et Revok sont deux choses complètement différentes.
Oui, ça montre en tout cas que si chapelle il y a, elle n’est effectivement pas musicale.
Alex: Oui. Par exemple, je suis un grand fan de hip-hop, de shoegaze, de beaucoup de genres aux antipodes les uns des autres et aux antipodes de Revok, et je crois que tout le monde dans cette scène peut en dire autant.
Eric : Nous avons souvent eu cette discussion. Le côté extrêmement positif, c’est la passion et l’énergie de tous ces gens pour se bouger. Mais pour moi qui ne viens pas du tout de ce microcosme, c’est aussi comme si on était confiné dans un carcan dont il est parfois difficile de sortir. D’ailleurs, on le voit bien quand on essaye de monter une tournée. C’est la croix et la bannière. Jérôme a mis cinq mois pour boucler neuf dates. J’aimerais bien que d’autres gens que le public habituel puissent accéder à notre musique.

Michel : La plus grosse visibilité qu’on ait eu, c’est quand on a joué en première partie de Don Caballero.

8. BOTCH “Mondrian Was A Liar”
(We Are The Romans, Hydrahead 1999)

botch - we are the romans

[audio:08_mondrian-was-a-liar.mp3]

(Toujours) Jérôme (en moins d’un quart de seconde): Botch.
Alex : Sur We Are The Romans.
Je n’ai aucune question mais je sais que vous êtes fans.
Jérôme: Je les ai découverts en live avec Dillinger, j’ai pris la torgniole du siècle. Et ce DVD… ! C’est un groupe dont on parle peu alors qu’ils ont influencé énormément de gens. Comme Refused, c’est un groupe qui est sorti un tout petit peu de l’ombre après leur séparation, mais de leur vivant, c’était totalement confidentiel. Pour moi, c’est un groupe qui a tout inventé, comme Neurosis.
Greg (Rejuvenation): Pour le coup, Fab aurait pu t’en parler. Ce groupe l’a vraiment retourné. Je crois que We Are The Romans est dans le top 3 de ses albums préférés.

9. THE JESUS LIZARD “Destroy Before Reading
(Down, Touch And Go 1994)

the jesus lizard - down

[audio:09_TheJesusLizard_DestroyBeforeReading_Down.mp3]

(Cette fois, tout le monde sèche)
Attendez que la voix arrive.
Alex: C’est pas Shellac ?
Michel: C’est Jesus Lizard. J’ai toujours adoré Jesus Lizard. C’était brut de pomme. A l’Arapaho, le mec (Ndlr : David Yow) vomissait de la vodka sur scène et enchaînait un set par-dessus !
On en parlait toute à l’heure. Revok a bien sûr à voir avec Neurosis et une certaine forme de post-hardcore, mais il y a également des côtés assez Noise. Ça fait penser à Helmet parfois. Le son de la section rythmique est aussi assez proche de certains enregistrements de Jesus Lizard.
Eric: Ça fait plaisir.
Michel : Une chose est sûre, c’est que sans le son et le jeu de basse typé Noise de Cyril, ça ne pourrait pas marcher.
Jérôme : Si tu écoutes l’album, tu verras que le son de basse est toujours un peu en avant dans le mix.
Eric : Chez Jesus Lizard et toute cette scène, il y a vraiment une épure de la section rythmique. On a l’impression d’être dans la même pièce que la batterie, le son est à la fois puissant et rudimentaire. Je crois vraiment que c’est quelque chose à laquelle on devrait tendre.
Michel : C’est d’ailleurs ce qui nous fait aimer les prods d’Albini.

10. DON CABALLERO “Stupid Puma”
(II, Touch & Go 1995)

don caballero - II

[audio:10_DonCaballero_StupidPuma_II.mp3]

Jérôme : C’est pas Chevreuil?
Non, mais ils seraient contents.
Jérôme: Don Caballero.
Merde, vous êtes bons en blind-test. Vous avez donc fait la première partie de Don Caballero au Batofar l’année dernière.
Cyril : On les a adorés, c’était des gens tellement sympas… (Rire général).
Oui, il paraît que Damon Che est le type le plus sympa de la terre.
Cyril: Il est fidèle à sa réputation.
Jérôme: Tellement sympa qu’on l’a surnommé Damon Chié.
Alex: On était en train de manger. Damon Che est allé parler à une des filles de l’organisation pour lui faire la liste de ce qu’il voulait dans le rider :
– T’as du Whisky ?
– Oui
– De la bière ?
– Oui
– De l’eau en bouteille ?
– Oui
– Du Coca ?
– Oui
– De la Vodka?
– Ah, ça non.
– Putain, merde ! Connasse, c’était le truc le plus important !
Rock star, quoi.
Jérôme: Le meilleur moment, c’était quand même quand Eric à a essayé de lui parler (il mime un vent monumental).
Et ouvrir pour Don Caballero, c’était comment ?
Cyril : C’était bizarre, le public n’était clairement pas venu pour nous.
Michel : Parcontre, on a eu un super son ce soir-là.
Eric : On a quand même l’habitude de jouer dans des rads, sans balance. Donc toute la difficulté était d’avoir un son correct dans un contexte de retours (Ndlr: Les speakers posés sur la scène et destinés aux «retours son» des musiciens).
Deux questions pour finir : votre album fétiche.
Jérôme : It’s Me God de Breach.
Cyril : Je suis oblige de dire la même chose. Ou alors Animals de Pink Floyd.
Alex : C’est super dur comme question. Closer de Joy Division.
Michel : On n’a le droit qu’à un seul album ? Alors je dirais Udu Wudu de Magma.
Eric : Le double blanc des Beatles.
Greg (Rejuvenation) : Le premier album de Killing Joke.
Votre dernière claque musicale, en concert ou pas.
Jérôme: Visqueen d’Unsane et Ultra Dolphins.
Michel: J’aime beaucoup Malady, avec des anciens Pg. 99. C’est une espèce d’Husker Dü des temps modernes.
Alex : Oui, c’est excellent. Ma dernière bonne découverte, c’est The Twilight Sad sur Fat Cat, des écossais, un groupe vraiment chouette. Et le dernier Sage Francis.
Eric : J’ai découvert Besnard Lakes, avec des côtés un peu Beach Boys. Des canadiens.
Cyril : Je dirais les Melvins.
Greg (Rejuvenation): Silent Front pour moi.
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revok - bad books & empty pasts
REVOK – Bad Books & Empty Pasts
(Rejuvenation Records, 2007)
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