TORCHE – premier album réédité chez Rock Action

Torche1

Voilà bien un an qu’on vous annonce cette version remastérisée du premier opus de Torche, originellement sorti en 2005 sur Robotic Empire (chez qui vient de paraître le nouveau 10″ du combo, In Return) pour les États-Unis. Elle est là, et pour nous l’occasion de vous donner à lire cette interview de Steve Brooks (chanteur, guitariste, leader, ex-Floor) et Jon Nunez (bassiste) réalisée fin 2006 suite à un concert atomique au Batofar…

Comment en êtes-vous venus à signer sur Rock Action qui va rééditer l’album ?
Steve Brooks :
Nous tournions avec Mogwai et Andy de Robotic Empire nous accompagnait sur cette tournée, c’est lui qui leur en a parlé.
Jon Nunez : Nous avons fait trois dates avec eux, puis John le guitariste nous a proposé d’en faire neuf autres, parcequ’il avait apprécié nos concerts. Nous avons donc fait plus ample connaissance et voilà …

Comment le public de Mogwai a-t-il réagi à vos prestations ?
Steve Brooks :
Il a détesté (rires) !
Jon Nunez : Les réactions étaient diverses : certains nous ont détestés, d’autres n’ont pas aimé, mais sans non plus trouver ça horrible, c’était marrant… du genre « Oh, ce n’est pas ce que j’écoute, mais ça peu passer. »

Mogwai a l’habitude de prendre en première partie des groupes très variés…
Steve Brooks :
Oui, j’ai l’impression qu’ils prennent un malin plaisir à voir comment leur public va réagir lorsqu’ils se produisent avec Electric Wizard ou Earth en première partie par exemple. Si j’avais la possibilité d’embarquer des groupes avec nous en tournée, je ferais la même chose, j’en choisirais que j’apprécie mais qui n’ont rien à voir avec nous.

Vous connaissiez Mogwai avant, enfin leur musique ?
Jon Nunez :
Oui, oui.
Steve Brooks : Mais je ne les avais jamais vus, je ne savais pas quel était leur degré de popularité, je suis de Miami et ils n’ont jamais joué là-bas. Nous avons aussi reçu pas mal de mails haineux du style « J’arrive pas à croire que vous tourniez avec Mogwai, vous craignez les gars ! »

Pourquoi avoir décidé de rééditer l’album en version remastérisée ?
Steve Brooks :
Nous n’étions un groupe que depuis trois mois au moment où nous l’avons enregistré. Je n’avais pas sorti d’album depuis le dernier Floor en 2001 et j’étais vraiment pressé d’enregistrer quelque chose. Andy, grand fan de Floor, nous a mis en relation, puis à partir de là nous avons un peu tout fait trop précipitamment. Du coup, la production n’est pas à la hauteur de ce que nous aurions souhaité. Andy nous a même lâché « Si vous vendez 20 000 albums, je vous laisserai en sortir une version remixée. » Mais bon… Alors quand Rock Action s’est montré intéressé, nous nous sommes dit que c’était l’occasion.

En quoi la production ne vous satisfaisait pas ?
Jon Nunez :
Le son, globalement. En général il est toujours difficile de capturer en studio ton son live, encore plus lorsque tu n’as presque pas donné de concerts avant d’enregistrer. Pour le prochain album, je pense que ce sera plus facile et qu’il sera aussi très différent du premier.

La réédition offrira-t-elle des titres bonus ?
Oui, un. Une chanson enregistrée lors des sessions de l’album mais que nous n’avions pas gardée à l’époque.

Avez-vous composé de nouveaux titres ?
Oui, nous sommes en train et lorsque nous rentrerons de tournée nous allons nous concentrer là-dessus : composer. Puis faire des pré-prod puis enregistrer.

Vous avez trouvé le temps de composer avec toutes ces tournées en compagnie de Kylesa, Baroness, etc ?
Steve Brooks :
Il n’y a pas grand-chose de fait encore, c’est vrai. Il est difficile de composer en tournée, puis lorsque nous rentrons nous ne pouvons plus nous supporter les uns les autres, on ne veut même plus se parler…
Jon Nunez : (Rires) Oui, on a besoin de vacances. Donc on va se calmer niveau tournée et prendre le temps pour ce second album.

Il sera différent donc…
Steve Brooks :
Oui, ce sera plus metal, plus lourd, plus agressif plus rapide, plus énergique. Il y a certaines chansons du premier album que nous ne jouons plus en concert car nous sommes dans un état d’esprit totalement différent aujourd’hui.

 

torche31.JPG

 

 

Vous êtes beaucoup plus agressifs sur scène et jouez très très fort !
Oui, nous avons trouvé notre identité. Lorsque nous avons enregistré l’album nous ne nous connaissions pas très bien, maintenant il y a un feeling entre nous. Plus nous nous connaissons, mieux c’est. Au début nous n’osions pas trop nous dire « Ce que tu fais là, ça craint, ça ce n’est pas bien, etc. »

Vous avez donc composé le premier album en trois mois ?
Non, sept des dix chansons ont été composées avec Floor, avant que nous nous séparions. Nous y avons ajouté des arrangements et des solos… En fait cet album nous a servi à définir quelle direction nous devions prendre mais la façon dont nous jouons les chansons lors de nos concerts est bien plus proche de ce que nous sommes vraiment.

Pourquoi Floor a-t-il splitté ?
Nous nous sommes séparés trois fois, en 1996 une première fois. Puis nous nous sommes reformés pour donner quelques concerts avec Karp à l’issue desquels nous nous sommes rendu compte que nous ne voulions plus jouer dans un groupe ensemble (rires). Puis nous nous sommes reformés en 2001 car tout le monde venait me voir en me demandant où en était le groupe, alors que nous n’avions pas joué ensemble depuis des années. Henry Wilson, le batteur a réussi à maintenir la cohésion du groupe, nous avons tourné en 2003, puis des problèmes personnels m’ont obligé à faire un break. Henry a monté Dove et quand nous avons voulu revenir ensemble il s’est rendu compte que jouer de la batterie ne l’intéressait plus. Au lieu de trouver d’autres musiciens pour jouer mes vieilles chansons, j’ai préféré aller de l’avant… Et si aujourd’hui sur cette tournée nous jouons certains morceaux de Floor, c’est parce que nous ne pouvons plus supporter les nôtres (rires). Je ne suis pas un bon acteur, je ne peux pas faire semblant, si je joue un titre qui ne me plait plus, tous le monde le comprendra instantanément… Puis Floor n’avait jamais joué en Europe et même aux USA lorsque nous tournions nous avions souffert de galères de booking et nombreux sont ceux qui n’ont jamais pu nous voir. Bref, c’est cool d’interpréter ces vieux morceaux, mais je ne veux pas que jouer des morceaux de Floor devienne une obligation à l’avenir et lorsque nous aurons notre nouveau répertoire je ne sais pas si nous continuerons.

À lire certaines de tes interviews, vous sembliez avoir pris Floor plus au sérieux que jamais ces derniers temps, votre split a donc été une surprise…
Oui, mais ce sont certains événements de ma vie personnelle qui ont changé la donne, comme je le disais Henry était le ciment de Floor et lorsqu’il n’a plus eu envie de continuer… Mais oui, nous venions juste de prendre le groupe au sérieux : nous avions quitté nos jobs, j’avais déménagé.

Et maintenant vous vivez de Torche ?
Jon a un studio à Miami, donc il produit des groupes et en vit lorsque nous ne sommes pas en tournée et le guitariste est vendeur de guitares…

Tu as souvent dit ne pas aimer tourner par le passé, et maintenant ?
Ça dépend, j’aime tourner en Europe par exemple, je découvre plein d’endroits. Mais aux États-Unis, quand tourner signifie conduire encore et encore d’un club enfumé à un autre… En tournée, il n’y a que la musique, jour après jour, mais j’ai d’autres centres d’intérêts, j’aime faire d’autres choses et pas uniquement ça. Tourner, c’est bien lorsque tu as la liberté de faire autre chose et lorsque tu rentres avec assez d’argent pour payer les factures. Quand j’ai commencé la musique, c’était juste un passe temps, je ne voulais pas me faire du fric avec et je ne me suis d’ailleurs jamais fait un centime toutes ces années. Je m’en foutais, j’avais un job en rentrant. Mais maintenant que j’ai déménagé, quitté mon job, etc. , et que je rentre à la maison avec toujours rien en poche… J’ai 32 ans et je vis chez ma mère. J’ai de la chance, sans elle je ne pourrais pas continuer, mais parfois je me dis que je ne vais nulle part. J’ai jeté mon éthique punk par la fenêtre après des années de tournée sans me faire une thune. Maintenant je veux des garanties. Les promoteurs doivent faire leur boulot, comme je fais le mien. Je ne vois pas pourquoi je conduirais 18 heures pour aller jouer sans qu’ils se bougent le cul pour m’assurer le minimum.

Vous avez les mêmes goûts sur le plan musical ?
J’écoute surtout des vieux trucs avec lesquels j’ai grandi, pas énormément de groupes récents. J’ai tellement de disques à écouter chez moi et la plupart des groupes actuels que j’entends me semblent sonner comme des copies de ces groupes-là. Enfin certains sont bons, Big Business par exemple…

Vous avez écouté le nouveau Melvins ?
Oui, il est fantastique ! Si je fais de la musique aujourd’hui, les Melvins en sont en partie responsables ! Les Melvins, Godflesh et les Swans des débuts…

Janes Addiction aussi, non ?
Oh oui ! J’adore Jane’s Addiction, même si je ne suis pas fan de l’album de reformation – il n’y a qu’un titre vraiment bon dessus – mais j’adore la voix de Farrel et la façon dont il l’utilise… En 1988, je n’écoutais que du hardcore, du punk, du thrash, ce genre de musique et Nothing’s Shocking m’a ouvert à un tas d’autres groupes : les Bad Brains, les groupes Sub Pop, puis Soundgarden, les Melvins…

Tu as jeté une oreille sur le nouveau groupe de Navarro sans Farrel ? L’album doit être sorti aux USA…
Non pas encore, mais sans Farrel… J’ai très peu de respect pour Dave Navarro. C’est un très bon guitariste, mais il est si… « L.A » (rires). Ma mère regardait une émission il y a peu, un truc du genre « American Idols » avec Navarro, je lui ai dit de changer de chaîne, c’était insupportable.

C’est un peu comme cette émission avec Jason Newsted et Tommy Lee qui montent un groupe…
Je ne peux pas regarder tous ces programmes, c’est si artificiel, je déteste tous ces gens qui arrivent là et croient qu’ils sont cool : « Yeah I’m Rock n’Rawwwwl ». Dans ces émissions on nous montre des individus dotés d’un petit talent : une voix, ou autre, mais qui n’ont aucun esprit créatif. Je préfère cent fois quelqu’un qui ne sait pas très bien jouer, ou chanter, mais capable d’écrire des chansons incroyables. C’est pourquoi je préférerai toujours la musique un peu sale et crue.

www.torchemusic.com
www.myspace.com/torche

torche4

 

Par Olivier Drago & Elodie Denis
photos : Ryan Russel (haut), Steward Ravel (milieu) & JoeX (bas)