THE PO PO – Malik Mushroom

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Dirigé par le photographe Travis Keller et le guitariste Aaron North (The Icarus Line et aujourd’hui Nine Inch Nails), Buddyhead, s’il était un webzine cinglant et corrosif, n’avait jusqu’ici sorti, en tant que label, que des disques certes relativement intéressants, mais foncièrement médiocres. Jusqu’à l’arrivée en début d’année du premier album de The Po Po, quatre pouilleux de Philadelphie bastonnant sans la moindre conception du lendemain un post-punk mongolo renvoyant aux chaudes heures de Devo, Brainiac, Pere Ubu et The Fall, bref, une merde des plus excitantes parmi toutes celles qu’il puisse être donné d’écouter à cet instant très précis dans l’univers. Fatalement, la rencontre s’imposait, et la venue du groupe en support de la tournée européenne de Nine Inch Nails tombait à pic pour les présentations, assurées par le singulier Pops Ghostly dans les loges de l’Olympia, une dizaine de minutes après le concert du groupe.


Vu que personne ou presque ne vous connaît encore en Europe, pouvez-vous nous présenter le groupe ?
Je m’appelle Jahan Zeb Malik aka Pops Ghostly, je suis le chanteur du groupe et je joue aussi de la guitare ou de la batterie, selon les morceaux, aux côtés de mes trois frères : Hassan Ali Malik aka Hamstar au chant et aux claviers, Michael Edward Collins aka Fullscreen aux claviers et Shoaib Malik aka Blue Bishi à la basse et à la batterie. Ensemble, nous formons The Po Po. On vient de Philadelphie, Pennsylvanie et, à vrai dire, nous ne savons pas vraiment qui nous sommes non plus, mais cette tournée devrait, je l’espère, nous apporter quelques éléments de réponse (rires).

D’où vient ce nom The Po Po ?
The Po Po, aux États-Unis, c’est l’argot pour « flic », « police ». « Attention les gars, voilà la Po Po ». Je crois qu’en France vous dites 22, c’est ça ? Mais on a choisi le nom plus pour la façon dont il sonnait que pour sa signification. The Po Po, ça a un côté très enfantin. Po Po, Ga Ga, Gu Gu (rires). Je trouve que ça nous correspond plutôt bien (rires).

Vous avez vous-même défini votre son comme étant du « post hip-hop ». J’imagine que c’est une blague.
Complètement. Mais c’est intéressant de voir comment les gens réagissent. Certains prennent ça très au sérieux (rires). Le hip-hop est une de nos influences, mais, comme tous les gens de notre génération, on a été exposés à une variété de styles très larges, on a découvert des tonnes de trucs via le net, ce qui fait qu’on trouve notre compte dans tout un tas de choses très différentes. Notre prochain disque sera peut-être complètement électronique, on aimerait bien faire un album de reggae aussi, donc le champ des possibilités est loin d’être réduit. J’ai beaucoup d’admiration pour un groupe comme Adult., qui, en plus de faire une musique géniale, évolue sans se soucier d’un quelconque problème de style ou de continuité.

Comment avez vous rencontré les gens de Buddyhead ?
Aaron North a écouté notre demo, par le biais d’un ami commun, et nous a contactés très peu de temps après. En fait, à chaque fois qu’il était dans le coin avec NIN, il nous appelait pour qu’on puisse se voir, et on a trouvé ça particulièrement cool, parce que bon, quand tu joues dans un groupe pareil, tu peux largement trouver mieux à faire après tes concerts que de venir taper la discute à quatre barbus cradingues (rires). Il nous a finalement proposé de sortir l’album, et ce avant même de nous avoir vus en concert ou même d’assister à la moindre répétition. Là, on s’est dit « soit ce mec est incroyable, soit il est incroyablement con » (rires). Mais Travis et lui sont vraiment deux types géniaux, qui aiment vraiment ce qu’ils font. C’est notre première expérience avec un label et, vu la façon dont ça s’est passé jusqu’à présent, je crois qu’on ne pouvait pas rêver mieux. Sur cette tournée avec NIN, Aaron est un peu comme notre grand frère, il est tout le temps avec nous dans les loges, pour savoir comment ça se passe, nous aider et nous donner des conseils pour que nous puissions nous sentir à l’aise sur des scènes aussi grandes. (Un roadie entre dans les loges et signifie au groupe que c’est l’heure du « Circle Power »)

Qu’est-ce qu’il se passe ?
On doit aller faire le Circle Power… C’est le rituel de NIN avant leur montée sur scène. Viens avec nous, c’est débile mais c’est fun (rires).
(On se retrouve donc dans le hall des coulisses avec les membres de NIN, couverts de talc de la tête aux pieds. Tout le monde se place en rond en se touchant par les poings et, le cercle ainsi formé se met à tourner dans le sens des aiguilles d’une montre, de plus en plus vite, accompagné par les « bip-bip-bip » de chaque participant, avant d’éclater dans un « whooo-hoooo » général qui sonne le départ de Nine Inch Nails sur scène et notre retour dans les loges)

Vous faites ça tous les soirs ?
Eux oui (rires). Nous, ça ne fait que deux soirs qu’on le fait avec eux. Ce qui doit signifier qu’on est officiellement acceptés (rires).

C’est Aaron qui vous a intégrés à la tournée ?
D’une certaine façon, oui. En fait, Aaron a fait écouter l’album à Trent. Il a adoré, et il nous a appelés une semaine avant le début de la tournée. Nous avons énormément de respect pour Trent Reznor, parce que ce mec, qui n’a dans l’absolu aucun besoin d’une première partie, invite toujours des groupes qu’il aime pour jouer avec lui, sans se soucier de savoir si ça plaira à ses fans. C’est juste un type qui est passionné par la musique et qui fait ce dont il a envie.

Et comment se passe cette tournée ?
C’est génial, vraiment. Le public en Europe est très réactif, très ouvert. Tu sais, c’est notre toute première tournée (rires). Avant ça, on a pas mal joué dans des squatts et des petits clubs à Philadelphie et New York, mais c’est notre première vraie tournée. La réaction du public a été très bonne jusqu’ici, ce qui est plutôt encourageant pour nous.

Vous avez déjà des choses prévues après cette série de concerts ?
Là, on va passer quelques semaines à Londres et faire un ou deux concerts là-bas, ensuite on verra. J’ai vraiment envie de revenir en Europe le plus vite possible, parce que je me sens vraiment bien ici. On va également commencer à enregistrer notre premier véritable album, vu que celui qui vient de sortir est plus un EP qu’autre chose. Il est très court, il ne fait que 20 minutes. On va donc se consacrer à quelque chose de plus long.
Par L.J. Batista
Photo : Robert Gil

THE PO PO – The Po Po (Buddyhead/Import)
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