Report : Hellfest 2017 (Clisson)

Par Olivier ‘Zoltar’ Badin, Benjamin Rivière, Élodie Denis, Olivier Drago et Stéphane Leguay

(c) Ronan Thenadey

Non sans mal, on a survécu au Hellfest 2017, l’un des plus chauds, poussiéreux et cataclysmiques qu’il nous ait été donné de vivre (on n’en a loupé qu’un, celui de 2007, aux conditions rudes  également, mais pour d’autres raisons : des trombes d’eau tombées du ciel). Ceci dit, loin de nous l’idée de nous plaindre. Déjà, parce que nous avons accès à l’espace VIP, son immense bar, sa fontaine vite transformée en piscine, ses toilettes propres, ses pelouses artificielles, son décor hallucinant (du jamais vu dans un festival). Et, surtout, parce que comme chaque année, les meilleurs concerts auxquels nous assistons ont lieu chez Ben Barbaud & co.

Vendredi 16 juin

Vers 15h, on commence sous la tente de la Valley avec les Américains de Subrosa, un groupe qui n’en est pas à son premier Hellfest, mais qui avec ses trois filles (la guitariste-chanteuse et deux joueuses de violon électrique) ne manque pas de susciter d’emblée plusieurs « À poil ! » bien débiles (hey les comiques, Nashville Pussy c’était l’an dernier !). Du coup, les paroles de « Wound of the Warden », tiré de leur dernier album (dont on entendra aussi « Despair is a Siren » ou encore « Black Majesty ») prennent une résonance particulière : « The wound of the warden / From cradle to the grave »… La plaie d’être née une petite fille oui… et la plaie d’être devenue une femme entourée de petits garçons. Mais les morceaux épiques et plutôt lourds, portés par des violons qui tiennent lieu de guitares, suscitent bientôt l’adhésion des festivaliers – du moins de ceux qu’une bonne dose de cordes épiques ne rebute pas (c’est-à-dire pas notre rédac-chef qui s’enfuira fissa vers d’autres scènes). Dommage qu’ils n’aient pas joué notre morceau préféré !
Devin Townsend, le Canadien génie fou et grandiloquent du metal proguisant auquel on doit une paire d’excellents disques avec Strapping Young Lad, Ocean Machine, et sous son nom, prend possession de la Main Stage sous les vivats. Et malgré la lumière aveuglante de l’après-midi, il entraîne ses auditeurs dans un voyage complètement cosmique à grand renfort de guitares volontiers stellaires et de synthé, le tout assorti de ses lignes de chant tantôt à gorge déployée, tantôt hargneuses, mais quoi qu’il en soit toujours parfaites. Pour vous dire, le son est tellement bon (avec une batterie surpuissante et des arrangements en tout point comparables au disque) que même assis par terre pour se délasser les jambes, on est emporté par cette musique qui, tel le brouillard du film Fog de Carpenter, s’insinue partout – véritable « Epicloud » pour reprendre le titre d’un de ses albums – de taille à emporter tout auditeur un peu fan de prog et de metal, pour peu qu’il ait eu la sagesse de cesser de s’interroger sur ce qui séparait le « légèrement kitsch » du mauvais goût ultime, ce qui est notre cas depuis bien longtemps (on s’en tape). L’album Transcendance, affiché en backdrop derrière le groupe, sera bien représenté avec l’épiquissime « Stormbending », « Failure », « Higher » et le public quittera les lieux comblé. On regrette juste qu’aucun titre d’Ocean Machine : Biomech ne se soit glissé dans la setlist. (Él.D.)

Baroness (c) Ronan Thenadey

Concert sans surprise d’Helmet sous la Valley avec deux extraits du dernier album en date (« Life or Death » et « Good News Is Bad News ») et la demi-douzaine de classiques attendus (« Unsung », « Just Another Victim », « In the Meantime »…) assenés par trois musiciens compétents (batteur impressionnant qui en ferait presque oublier John Stanier) mais toujours aussi invisibles sur scène aux côtés de Page Hamilton. Peu importe, comme d’habitude tout le monde prend son pied, et le son bien massif fait honneur aux riffs parpaings et au groove d’adjudant-chef d’un groupe qui joue là pour la première fois au Hellfest. N’hésitez pas à les réinviter.
Grosse surprise par contre que le concert de Ministry sur la Main Stage 1. Non pas tant par la setlist que par la forme affichée par Al Jourgensen qui, sur les précédentes tournées, faisait peine à voir, quasi incapable de tenir debout et parfois même de terminer les concerts. Là, non seulement Al ne se sert plus de son pied de micro-têtes de mort pour rester droit, mais il arpente la scène avec vigueur, sans faire penser à un Ozzy Osbourne encore plus décati que l’original. Bon, reste tout de même ses atroces tatouages et piercings faciaux à donner des cauchemars à n’importe quel punk à chien toulousain, mais jamais nous n’aurions espéré le revoir remis en forme à ce point. Hormis le « Guy Pierce punk » Jason Christopher, ex-charismatique bassiste de Prong, et le fidèle John Bechdel (Killing Joke, Fear Factory, Murder Inc.) au clavier, le reste du groupe ressemble à un ramassis de metalleux mexicains de ixième zone, mais l’interprétation sans faille, la puissance du son, l’ambiance poussières et soleil de plomb – Mad Max quoi –, et une setlist des plus brutales font de la prestation de Ministry l’une des meilleures de cette édition 2017. Au programme une première partie surtout dédiée aux compos rednecko-thrash post-Barker (« Lies Lies Lies », « Waiting », « Señor Peligro », et une version ultra-punitive de « Punch in the Face »), et une seconde aux classiques indus-metal 90s (« N.W.O. », « Thieves »), avec en guise de pivot un inédit, « Antifa », issu de l’album à venir, et « Bad Blood », tiré de l’excellent Dark Side of the Spoon, album rarement mis à l’honneur en live par Ministry.

Entre-temps, on sera passé voir Red Fang, dont l’alternance de morceaux Melvins-discount  et Foo-Fighters-gras du bide, nous a rapidement écœurés. Pas autant que Baroness cependant. On avait oublié à quel point le groupe s’acharnait à mélanger le pire de Queen et Blink-182, le tout avec l’ambition mélodique d’un gamin de six ans touchant une flûte pour la première fois. Cela dit, voir John Baizley jouer avec une telle intensité, toutes veines gonflées et sourire jusqu’aux oreilles, ses compositions d’une rare indigence, reste un spectacle fascinant. Tout comme cette nouvelle guitariste (Gina Gleason) à la coupe fusion early 90s, qui nous semble si jeune qu’on ose à peine complimenter son physique. (O.D.)

Au milieu des dizaines de milliers de chevelus, les crânes rasés de Komintern Sect, groupe punk Oï culte qui s’était séparé en 1986 pour se reformer en 2014, dépaysent totalement. Bière à la main, les Orléanais enchaînent à l’énergie titres classiques et nouveautés sous le cagnard du vendredi après-midi. Rien d’inoubliable, mais une curiosité bienvenue pour un groupe culte qu’on voit encore trop rarement. (B.R.)

Tard dans la soirée, Rob Zombie investit la Main Stage 2 et, comme il y a trois ans au même endroit, le spectacle fait peine à voir. On y croit pourtant au début, en attendant « Living Dead Girl » et « Scum of the Earth », mais le massacre de « Well, Everybody’s Fucking in a U.F.O. » (très bon single au demeurant, extrait du très efficace dernier album) nous fait décrocher de ce triste barnum electro-néo-metal. Et vu le niveau de ses deux dernières livraisons cinématographiques, on ne peut même plus lui dire de plutôt retourner derrière sa caméra…

Heureusement, Monster Magnet enflamme d’emblée la Valley à grands jets de carburant cosmique, avec d’abord le monumental « Dopes To Infinity », puis avec la totalité d’un set en forme de mega best of se terminant en apothéose sur « Space Lord ». Encore plus fort que Jourgensen, Wyndorf semble avoir totalement retrouvé sa jeunesse conquérante, perdu les nombreux kilos qui le forçaient à se cacher sous une large veste militaire lors de ses précédents concerts au Hellfest en 2011 et 2014 – fantastiques eux aussi. Monster Magnet prouve donc pour la troisième fois en ces lieux qu’il est l’un des meilleurs groupes live en activité et donne une véritable leçon à tous les glandus psychés garage qui pullulent actuellement. Les projections en arrière-plan ne sont pas d’un intérêt fondamental en ce qui concerne le déroulement du show, mais ces extraits de Werewolves on Wheels, Eyes Wide Shut et French Connection ou ces panoramas cosmiques et ces pin-up 60s/70s nues plongent encore un peu plus dans l’ambiance. Le public exulte du premier au dernier morceau, noyé dans un magma d’électricité euphorisante. Pour citer un éminent membre de Cobra, lui aussi euphorique à la fin du show : « Ça c’est LE ROCK ! ». (O.D.)

Ministry (c) Ronan Thenadey

Une interminable intro suivie d’un début de set en mode « classic black metal », c’est peu dire que le set des Norvégiens nous a pris à contre-pied. Une spécialité chez Dødheimsgard, pour le meilleur (avec son avatar avant-gardiste DHG) mais aussi pour le pire comme cet après-midi à bayer aux corneilles devant un spectacle conventionnel à mourir (qui a vraiment envie d’écouter d’énièmes cavalcades BM ?) ou bien à l’inverse, carrément trop abscons pour l’occasion ; le dernier titre à la trame décousue, hors contexte album, étant un modèle d’erreur de casting dans une setlist de festival, à 17h qui plus est. On attendait les highlights electro-metal des brûlants 666 International / Supervillain Outcast, on repartira surtout avec l’étrange sensation de s’être trompé de groupe !

Du Temple on se dirige vers l’Altar pour voir ce que donne la version live de Firespawn, le side project de L-G Petrov (Entombed A.D.). Efficace et sauvage comme un coup de trique, la musique du quintette n’en demeure pas moins anecdotique, pour peu que le culte revivaliste au dieu death metal ne vous laisse de marbre. Firespawn assure certes un fan-service qui comblera les moins regardants des festivaliers assoiffés de gros son (et ils sont nombreux) mais semble surtout servir d’aimable récréation à ses protagonistes nostalgiques de leurs folles années. Très en voix et empatché jusqu’aux épaules, Petrov donne le change, comme d’habitude, mais ne parvient pas à nous retenir plus de trois morceaux.
Direction donc la Main Stage 1, le temps de s’infliger en attendant Ministry 20 minutes de Powerwolf, ses maquillages à la Behemoth (!) et sa finesse de style façon Conforama. Le tout sous un soleil assassin, au milieu de zazous déguisés en licorne, de baby-goth dégoulinantes et de mâles en sueur torse-nu, prêts à en découdre ; une certaine expérience de l’Enfer… Un « Psalm 69 » toujours aussi imposant en guise d’intro et déjà les tourbillons de poussière s’élèvent d’un pit en perpétuelle ébullition, à peine calmé par les jets d’eau de la sécurité. Vidéos-choc en guise de backdrop, Al Jourgensen et cie. revisitent les albums les plus metal du Ministère (« Punch in the Face », « Señor Peligro », « Let’s Go », « Waiting »), expédient un nouveau titre plutôt convaincant (« Antifa »), nous ressortent un « Bad Blood » trop longtemps oublié avant de conclure par les définitivement intemporels « Just One Fix » (vision surréaliste que celle de William S. Burroughs fixant du haut de son écran géant cette foule de festivaliers potaches), « N.W.O. » et « Thieves ». Sans surprise donc, mais en tout point idéal au vu des conditions et des attentes d’un public beaucoup plus large qu’à l’accoutumée.
Sous l’Altar, la température redevient plus respirable en dépit des assauts meurtriers des Québécois de Cryptopsy. Comme attendu, leur brutal death metal d’une précision toute charcutière ne laisse aucune place à la moindre baisse de régime (« Detritus », « Two-Pound Torch »). Son goret à souhait, growls en mode vidange d’évier, enchaînements de plans labyrinthiques et de blasts/AK47, c’est dans la tourmente la plus folle et la plus intense que le quatuor célèbre là les 20 ans de son album référence None So Vile, joué dans son intégralité. (S.L.)

Autopsy, c’est moche, gras et punk et ça sent la weed bas de gamme et le mauvais whiskey, bref c’est du « putain de death metal » comme le dit lui-même Chris Reifert en préambule, rappelant sournoisement que la dernière fois qu’ils avaient joué en France, c’était à l’occasion de leur première tournée européenne en… 1990. En 27 ans, les cheveux se sont raréfiés, voire ont disparu, et les ventres ont enflé, mais leur musique, elle, dégage toujours cette même atmosphère putride. D’ailleurs, plus de la moitié des titres interprétés (« Ridden with Disease », « In the Grip of Winter », « Fleshcrawl », « Gasping for Air ») sont tirés de leurs deux premiers albums, les plus dégénérés, sortis respectivement en 1989 et 1991. Alors, effectivement, on est loin du show visuel de Behemoth, le groupe ne joue pas toujours giga-carré et l’ambiance est anti-festive au possible. Les plus jeunes restent d’ailleurs de marbre face à tant de crasse auditive. Mais cette musique donne toujours autant envie d’attraper des oranges invisibles en grimaçant, tant Autopsy pue la barbaque morte. (O.Z.B.)

Samedi 17 juin

(c) Ronan Thenadey

L’heure n’est plus à la bagatelle sous une Temple qui n’a jamais si bien porté son nom ; les Finlandais de Skepticism sont dans la place, leur funeral doom dépressif en bandoulière par-dessus le costard-queue de pie. Quelques roses blanches déposées par le frontman Matti Tilaeus, comme pour mieux enterrer les velléités fêtardes des malheureux festivaliers que le hasard ou la curiosité aura perdus dans cette cathédrale improvisée, et déjà orgue et guitare abyssale déversent leur spleen plombé pour le concert le plus lourd de ce Hellfest 2017. À un rythme pachydermique et toutes fréquences basses dehors (l’orgue est littéralement tellurique !), Skepticism y revisite avec une conviction toute funèbre une bonne partie de sa discographie, en particulier son album Alloy de 2008 (« The Arrival », « Oars in the Dusk »). Ici, pas de circle-pit, de wall of death et autre activité estivale pour spectateurs rigolards, pas de discours inutile non plus, même si on ne peut s’empêcher de sourire devant la théâtralité appuyée d’un Tilaeus abîmé dans la contemplation d’une rose ! Mais Skepticism défend ici brillamment sa couronne de maître du genre et ne laisse que souffrance, tristesse et désolation à sa sortie de scène. Bonne suite de festival quand même !

Wardruna monte sur la scène de la Temple au moment où soleil et lune s’échangent le ciel de Clisson. Backdrop uni aux reliefs minéraux, lightshow minimal comme simple support pour les torches qui embrasent la scène, le sextuor norvégien impose d’emblée une ambiance hors du temps à nulle autre pareille au cours de ce festival. Lur, jouhikko, flûte en os, violon hardanger, autant d’instruments nordiques disparus qui reprennent paradoxalement vie dans ce royaume de l’électricité qu’est le Hellfest. Aux sonorités rituelles et guerrières vient aussi s’ajouter la dimension visuelle d’objets hors-normes (les deux lurs, immenses instruments à vent viking sur l’imposante ouverture « Tyr ») qui participent grandement à l’impact brumeux de ce rite païen. La setlist, austère mais sans temps mort, pioche dans les trois albums du projet d’Einar Selvik (l’ex-Gorgoroth Gaahl n’est plus de la partie en live) et se conclut par un « Helvegen » aussi grave que majestueux. Dommage qu’une partie du public, sans doute trop habitué à la communion des concerts metal et à taper en cadence sur le premier rythme venu, n’ait pas saisi la dimension cérémoniale de la performance et la retenue qui s’y imposait. Magnifique, quoi qu’il en soit… (S.L.)

Chelsea Wolfe donne pour sa part un set bien lourd. Festival metal oblige, elle ouvre le bal avec le puissant « Feral Love » (tiré de Pain Is Beauty) que les néophytes ont pu connaître par le trailer de la saison 2 de Game of Thrones. Sa guitare sunburst orangée entre ses bras gantés jusqu’aux coudes s’avère la seule touche de couleur sur une scène qu’elle partage avec le complice de toujours Ben Chisholm, une nouvelle batteuse et un autre inconnu. Les titres d’Abyss s’enchaînent (« Carrion Flowers », « Dragged Out », « Iron Moon »…) dont la troublante accalmie « Simple Death ». On goûtera particulièrement deux nouveaux morceaux, dont le puissant et excellent « 16 Psyche » et son gros riff à la Smashing Pumpkins/Failure (d’ailleurs, Troy Van Leeuwen est invité de l’album à venir) sachant que l’autre nous a semblé encore meilleur ! Après un « Pale on Pale » lancinant tiré d’Apokalypsis, elle nous gratifiera d’un « Survive » tout en tension qui finira en larsens assorti de cris dans le micro de sa guitare. (Él.D.)

 Pour être franc, si on va voir D.R.I., c’est plus par respect pour leur carrière (et parce que tous les groupes alliant influences hardcore et metal doivent quelque chose aux Texans à casquette) que dans l’espoir de se prendre une grosse baffe crossover. Les titres du nouvel EP ne sont pas franchement fameux et on préfère évidemment les incontournables, dont le « tube » Slayer-approved « Violent Pacification ». Si on apprécie les chansons hardcore punk des débuts, le set devient par contre interminable lorsque le groupe se concentre sur le versant plus métallique de sa discographie. Ce qui n’entache en rien le côté sympathique de ces dinosaures du thrash-core.

Il y a trois ans, sur la même scène, au même horaire et avec le même attirail, le barnum death metal de Behemoth avait eu du mal à prendre et finalement tourné à vide, malgré l’efficacité de la setlist et la qualité habituelle de l’interprétation. Mais cette année, il fait dix degrés de plus, les maquillages dégoulinent et la moindre gerbe de flammes fait monter la température ressentie à 666 sur l’échelle pandémoniaque. Là où toutes les autres têtes d’affiche s’appuient sur un glorieux passé et rien d’autre, les Polonais se paient en plus le luxe de jouer le dantesque The Satanist, leur dernier album en date, en intégralité. Et, pendant une heure, Clisson brûle. Après la prestation infernale de Behemoth, c’est certain, l’herbe ne repoussera plus jamais devant la Main Stage 1.

Pose virile et harangue permanente, les Nails ne sont pas venus à Clisson pour faire du tourisme. C’est leur second concert en Europe et ils ont manifestement beaucoup à prouver. Du coup, ça bourrine sévère d’entrée de jeu dans une surenchère hardcore/grind/death tellement virulente qu’on peut à peine distinguer les morceaux les uns des autres (ils ont repris « Sick Boy » de GBH ? Rien capté). Le groupe finit par s’épuiser, et le public avec lui, car Nails n’est par nature pas fait pour jouer plus d’une demi-heure (leurs albums durent vingt minutes, ce n’est pas pour rien). Mais tout le monde s’accroche. Parce qu’au fond, on est tous venus sous l’Altar pour ça : souffrir. Et il ne faut pas compter respirer pendant les titres plus lents, foncièrement pas moins violents que leur bouillie blast-beatée (« Wide Open Wood »). Et malgré le léger creux en milieu de set, Nails enfonce le clou (héhé) dans un sprint final assourdissant. Dans la douleur, le groupe a réussi son test-match européen…

Frank Carter (c) Ronan Thenadey

Avec son attitude de branleur et sa chemise d’animateur de bingo fan de Plastic Bertrand, Frank Carter éclabousse de tout son talent une Warzone chauffée à blanc. Même les titres de son pourtant très moyen deuxième album passent très bien le cap du live grâce à son aisance scénique et sa voix incroyable. Entre Brit rock à la Arctic Monkeys et hardcore hurlé façon Converge, l’ancien chanteur de Gallows passe d’un registre à l’autre dans la même respiration sans aucun putain d’effort. Le rouquin tatoué bouffe la scène, mi lad bagarreur mi rock-star sûre de son fait. Et comme les Rattlesnakes qui l’accompagnent sont aussi bons que leur frontman, on se dit qu’on vient d’assister à l’un des meilleurs concerts de ce Hellfest 2017, lequel s’achève sur un « I Hate You » aussi con que jouissif.

S’appuyant sur le récent et très bon Kodama qui a réussi à faire oublier le chiantissime Shelter, Alcest livre une superbe prestation sous le Temple. Alors, ce n’est évidemment pas le meilleur environnement pour une combinaison black metal/shoegaze/post-rock, le son sous les tentes metal extreme du Hellfest étant rarement à la hauteur (on est passé voir Dødheimsgard la veille pour n’entendre qu’un vague brouhaha de double-pédale et on est bien vite parti). Mais pendant Alcest, rien à redire. En plus, la setlist est dynamique, les morceaux bien choisis, et l’absence totale de charisme de Neige devant son pied de micro finit par rendre son nerd metal encore plus singulier et touchant.

Cette année, c’est Agnostic Front qui occupe le créneau syndical « tête d’affiche New York Hardcore ou assimilé ». Pas forcément le meilleur choix entre Sick Of It All, Hatebreed et Madball, mais on s’en contentera. D’autant plus que depuis 2014, Craig Silverman (Only Living Witness, Slapshot…) a rejoint les vétérans du NYHC et le groupe y a énormément gagné en puissance et en précision, pour un résultat plus badass qu’il y a quelques années. Contrairement à une palanquée de vieux groupes, Agnostic Front pioche dans tous ses albums, aussi bien ceux aux velléités punk-rock que les plus orientés crossover. Tout ceci n’est pas bien fin, mais c’est voulu, et le public marche à fond. Du « Victim in Pain » des débuts (soit « le New York au début des 80s, c’est l’enfer ») au « Old New York » récent (soit « Le vieux New York me manque »), on n’est pas à une contradiction près. Les New-Yorkais finissent comme ils en ont pris l’habitude par le « Blitzkrieg Bop » des Ramones. Dommage que des problèmes de micro viennent gâcher la fin d’un set jusqu’ici irréprochable. Un problème compensé par le Vinnie Stigma show, le guitariste faisant semblant de jouer tout du long (est-ce que son ampli est branché, au moins ?) en l’assumant à 100 %.

Deafheaven, la bête noire des trve metalleux et mètre étalon du Pitchfork black metal en jeans slim a la lourde tâche de clôturer la journée du samedi sous le Temple. Et on ne peut pas dire que George Clarke s’économise niveau headbanging une fois lancé dans l’explosif « Brought to the Water ». Il n’est pas radin non plus en poses mystiques, gestuelle surréaliste et pas de danse étranges. Sans parler de ce moment génial, pendant l’une des phases atmosphériques typiques du groupe, où Clarke exécute tranquille un discret moonwalk sans que personne ne trouve rien à redire. Comme le Hellfest 2017 est placé sous le signe de la fête de la musique et du bal des enragés internationaux, Deafheaven joue une reprise de Mogwai (« Cody ») avant de finir brillamment par les deux meilleures compos de Sunbather. (B.R.)

On rate malheureusement 90 % du set d’Igorrr, que Gautier Serre termine seul sur scène par un mix breakbeat qui fait réagir au quart de tour un public sûrement chauffé à blanc par les trente minutes d’electro-metal baroque qui viennent de lui être assénées.

Ugly Kid Joe (c) Ronan Thenadey

En milieu d’après-midi, il ne faut pas plus d’un morceau (« Neighbor ») à Whitfield Crane d’Ugly Kid Joe pour se mettre le public dans la poche. Meneur de foule né, le débonnaire chanteur commande ses fans tel un chef d’orchestre avec un professionnalisme tout américain, que l’on trouverait insupportable de la part de quiconque hormis lui. Le concert est impeccable, si ce n’est qu’on aurait préféré quelques morceaux de Menace to Sobriety plutôt que leurs reprises de « Ace of Spade » et « Cat’s in the Cradle » (oui, c’est une reprise, de Harry Chappin). À noter la présence du guitariste Dave Fortman, qui n’avait pas tourné avec le groupe depuis vingt ans, même s’il a participé à l’EP puis à l’album post-reformation, en tant que musicien et producteur.
90s toujours avec Primus sous une Valley débordant de toute part d’un public tout acquis à la cause de Les Claypool & co. On voulait un concert best of, et c’est effectivement un Optimus Primus que les trois Californiens nous offrent. « Wynona’s Big Brown Beaver », « My Name Is Mud », « Jerry Was a Race Car Driver » et autre « Too Many Puppies » s’enchainent, souvent alors que leurs vidéo-clips respectifs sont projetés en fond. Groove suceur de moelle, ambiance dadaïste, psychédélisme d’outre monde : la musique de Primus fait effet comme jamais sous cette immense tente anormalement sombre. Et le public hurle à n’en plus finir pour un rappel. Qui ne viendra pas.
Évidemment, nous somme moins nombreux devant la même scène en fin de soirée lorsque John Garcia, résident permanent du Hellfest depuis cinq ou six ans, au même titre que Phil Anselmo, monte sur scène avec Slo Burn, certainement son groupe le moins connu. Et pour cause : formé après le split de Kyuss, le quatuor n’aura sorti qu’un EP 4 titres en 1997 et enregistré les démos de morceaux prévus pour un premier album qui ne verra jamais le jour, Slo Burn splittant avant d’avoir pu entrer en studio. On s’attendait donc à tout, sauf à cette reformation vingt ans après. Et c’est au final à un concert exceptionnel qu’on assiste. Apparemment, les trois autres membres du groupe n’ont rien fait de vraiment notable toutes ces années (un album avec Brave Black Sea – groupe dans lequel on trouve l’ex-Kyuss et QOTSA Alfredo Hernandez – en 2014 pour le bassiste Chris Hale), mais ils tiennent la scène comme les plus expérimentés des musiciens (bassiste charismatique, guitariste déchainé…). Les compositions n’ont rien à envier à celles d’Unida, par exemple, et même celles ne figurant pas sur l’EP font réagir la fosse au quart de tour. Selon Garcia, rien de prévu d’autre pour Slo Burn que ces quelques concerts de reformation, ce que l’on est en droit de trouver bien triste tant ces compositions mériteraient un enregistrement et une sortie physique.

Suicidal Tendencies (c) Ronan Thenadey

Warzone totalement impraticable pour le concert de Suicidal Tendencies, dont la notoriété semble encore avoir été boostée depuis l’arrivée à la batterie de l’illustre Dave Lombardo (ou « Bombardo » comme le nomme par erreur un ado à côté de moi, ce qui lui va assez bien). Hormis « Clap Like Ozzy », « Cyco Vision », « Freedumb » et « You Can’t Bring Me Down », le concert est principalement axé sur les deux premiers albums du groupe, les plus purement punk hardcore (« Possessed to Skate », « Subliminal », « I Saw Your Momy », « Trip at the Brain », « I Shot the Devil », « War Inside My Head »…). Tout aurait été parfait, si le groupe ne faisait pas durer interminablement ses morceaux, ceux-ci semblant souvent s’arrêter, puis recommencer, s’arrêter encore, etc., comme pour gagner du temps, alors que nous n’aurions pas été contre quelques titres supplémentaires, tirés de Lights Camera Revolution ou The Art of Rebellion, par exemple. Comme d’habitude, la scène est envahie par une horde de suicyco muthafuckas durant le titre final, « Pledge Your Allegiance » (de How Will I Laugh Tomorrow When I Can’t Even Smile Today) et ST repart une nouvelle fois triomphant, avec ses sempiternels bandanas, ses casquettes et ses chemises de baseball, jamais passés de mode depuis les 80s dans leur fief de Venice Beach… (O.D.)

 Dimanche 18 juin

Prophets Of Rage (c) Ronan Thenadey

« Are you ready for some speed thrash-metal », hurle Katon De Pena, chanteur black survolté de Hirax, semblant droit sorti des Guerriers de la nuit et dont le charisme et les poses street metal 80s alliées à la virulence des compos du groupe californien, font passer à une vitesse folle un show qui ne brille pourtant pas par ses rebondissements : toujours à fond, toujours à fond. Un bon thrashback néanmoins.

46° en plein soleil, des nuages de poussière et… Candiria, dont le set tout en concassage rythmique parvient à nous faire oublier la chaleur et la fatigue. Responsable d’un concert mythique lors de la deuxième édition du Fury Fest – première mouture du Hellfest – en 2003, le groupe hardcore-metal-jazz-hip-hop-prog est cette année invité privilégié des organisateurs (qui leur ont payé un billet aller-retour exprès pour le Hellfest en plein milieu de leur tournée américaine) : « on a fait le voyage depuis New York uniquement pour jouer ici », hurle un Carley Coma toujours aussi charismatique et à la gestuelle toujours aussi cheloue. Certains regrettent certainement que leur album What Doesn’ Kill You… et le petit dernier While They Were Sleeping soient mis à l’honneur, permettant à Coma d’alterner chant clair et hurlé, pas nous. On chante même avec lui, la gorge pleine de poussière et d’infections microbiennes en tout genre.
On n’attendait vraiment rien du concert de Prophets Of Rage, pas convaincu par les extraits live visionnés jusqu’alors ni par l’EP sorti par le super-groupe l’an dernier – et on ne parle même pas de tout le décorum politico-révolutionnaire pour rebelles Nintendo-pantoufles. Mais voilà, au coucher du soleil devant une foule démesurée, les morceaux de Rage Against The Machine exultent toute leur puissance, et ce malgré les voix de Chuck Dee et B-Real, bien trop pataudes par rapport à celle plus criarde de Zack De La Rocha. Après deux jours de guitares saturées, le medley de classiques purement hip-hop (Cypress Hill, Public Enemy, House Of Pain…) asséné par les deux MC et DJ Lord fait un bien fou et se voit extrêmement bien accueilli par le parterre de metalleux desséché mais plus motivé que jamais. On est plus circonspect quant à l’hommage des trois RATM/Audioslave à Chris Cornell, soit l’interprétation instrumentale de l’horrible « Like a Stone », qui lui ne trouve que peu d’écho dans le public. Mais « Killing in the Name » clôt le concert dans une ambiance de folie, avec crowdsurfing en fauteuil roulant pour deux festivaliers.

C’était pour nous l’une des attractions principales de ce Hellfest 2017, et Coroner ne nous aura pas déçus. D’abord en interprétant trois extraits de son inusable Grin, dernier album en date sorti en en 1993 (« Internal Conflict », « Serpent Moves », « Grin (Nails Hurts) ») et plus globalement en prouvant que le techno thrash pouvait faire tripper autant que le rock psyché. Les classiques répondent à l’appel (« Masked Jackal », « Semtex Revolution », « Metamorphosis », « Die by My Hand ») et les soli à faire pâlir Eddie Van Halen bouleversent par moments la mécanique groove-thrash de l’ensemble. Le massif Ron Royce en impose derrière sa basse tenue bien raide, Diego Rapacchietti à la batterie fait oublier Marquis Marky sans problème, et un quatrième membre inconnu (Edit : un certain Reiz Trigger) balance les samples, les nappes de synthé et double certaines parties de chant. Seul reproche : le pantalon en cuir de Tommy Vetterli. (O.D.)

(c) Ronan Thenadey

2017 marque le grand retour d’Arkhon Infaustus après neuf années de break. À bien des égards, cette date clissonnaise (à un horaire plutôt flatteur – 16h45), un mois après l’annulation de leur concert parisien, avait tout du test grandeur nature pour jauger de la pertinence d’un tel comeback. Entouré d’un line-up totalement remanié (dont trois guitaristes !), le leader/grogneur Deviant ne tarde pas à éteindre les doutes. Car Arkhon est resté une formidable machine à broyer, crachant à une cadence infernale un death/black nihiliste aux riffs et structures dérangeants quoique bien plus sophistiqués qu’il n’y paraît aux premiers abords. Le show est malsain, voire carrément hostile, l’impact haineux immédiat ! Un retour convaincant donc qui appelle déjà des lendemains qui hurlent, le groupe présentant cet après-midi deux nouveaux titres tirés de son prochain EP Passing the Nekromanteion, dont un suffocant « The Precipice Where Souls Slither » en guise de conclusion.

Si le précédent passage d’Emperor avait été l’un des événements de l’édition 2014, la dimension impersonnelle de la Main Stage d’alors (plein air, foule à perte de vue) avait quelque peu nui aux célébrations anniversaires de leur pourtant féroce premier album In the Nightside Eclipse. C’est donc cette fois dans une Temple bien plus en accord avec la majesté de leur black metal qu’Ihsahn et les siens viennent nous refaire le coup du jubilé. Des cadences guerrières de l’introductif « Alsvartr » jusqu’aux ultimes errances du poignant « The Wanderer », Anthems to the Welkin at Dusk, second album du nom est ainsi joué dans son intégralité. Son puissant à défaut d’être clair et équilibré (les synthés et la guitare de Samoth peinent à sortir du mix), light show adéquat, flammes et fumées, exécution ultra-carrée, comme à l’habitude Emperor impose sa maîtrise technique. Le show est impressionnant, la rythmique folle (« Ye Entrancemperium »), le riffing assassin (« The Loss and Curse of Reverence »), les hurlements pénétrants (« With Strength I Burn »). Trois derniers « classiques » pour conclure la cérémonie et il est déjà minuit lorsque retombent les dernières mesures de l’hymne nocturne « Inno A Satana ». Impérial ! (S.L.)

 Bobby Liebling est à la fois le sauveur et le fossoyeur de Pentagram. C’est le fantasque chanteur bien sûr qui l’a mis sur pieds dès 1971 et qui l’a maintenu, bon an mal an, à flots depuis. Mais c’est aussi lui qui a régulièrement éparpillé façon puzzle tous leurs efforts, soit en envoyant chier la mauvaise personne, soit en laissant sa consommation de dope frénétique prendre le dessus. Cette fois-ci, c’est pour une sordide histoire de violence domestique – il aurait frappé sa mère nonagénaire – qu’il se retrouve derrière les barreaux depuis avril pour une période indéterminée. C’est donc sous la forme d’un power trio et pour la première fois sans son membre fondateur que le groupe a décidé, pour l’instant, d’honorer ses engagements, dont cette prestation au Hellfest. D’accord, papy Bobby a beau être énervant avec ses poses lascives vraiment plus de son âge, mais il en reste l’âme (damnée) de Pentagram. Qu’attendre donc de ce concert ? Même si l’on soupçonne le guitariste Victor Griffin d’être en grande partie responsable de l’aseptisation de leurs deux derniers albums, Monsieur reste un putain de guitariste ET un plutôt bon chanteur, au style d’ailleurs très proche de Bobby. Intelligemment, lui, le bassiste Greg Turley (son neveu !) et leur dernier batteur en date (Pete ‘Minnesota’ Campbell de Sixty Watt Shaman) ont donc choisi la tactique de l’attaque frontale : pas de speech, pas de nouveautés et que des classiques en béton armé d’au moins quarante d’âge certifié (« Wartime », « Relentless », « 20 Buck Spin ») enquillés sans pitié. Le plus troublant dans l’histoire, en dehors du fait que le concert soit excellent, c’est de voir combien les trois musiciens semblent libérés de ne plus avoir à partager la scène avec leur frontman, qui ne pouvait s’empêcher d’attirer toute l’attention. Sans lui pour les empêcher de jammer, les trois musiciens jouent plus resserrés que jamais. Et on les a même surpris à sourire deux ou trois fois… Et quand, lors du dernier morceau, Griffin envoie valdinguer sa guitare de l’autre côté de la scène alors que Campbell se met à dézinguer sa batterie, on sent bien que ce n’est pas par frustration mais bien parce qu’ils ont pris un sacré pied, et le public avec eux. De là à dire que Bobby Liebling ne nous a pas manqué… Euh, ben oui en fait… (O.Z.B.)

(c) Ronan Thenadey

L’histoire a déjà été répétée mille fois, mais comme Javier, le chanteur de Nostromo l’a racontée sur scène, on vous la remet : après un mini concert au mariage de l’un d’eux les quatre Suisses ont posté sur Facebook une photo de cette réunion impromptue dix ans après leur séparation. Ni une, ni deux, le Hellfest leur a proposé de participer à leur édition 2017. Quelques dates en ouverture de Gojira plus tard, il est bluffant de constater que Nostromo est resté aussi carré, précis et remonté qu’au Fury Fest 2003. Les tueries d’Argue et Ecce Lex s’enchaînent, Javier court 40 kilomètres sur scène, le nouveau titre offert par le groupe est l’un des meilleurs du set, et le pit n’est plus qu’un gigantesque nuage de poussière… La classe et la grosse claque. Fil rouge reprise du festival : Nasum et Napalm Death pour Nostromo. Que des groupes en haiNe. Logique.
Si dans l’ensemble, rares sont ceux qui foirent leur prestation au Hellfest, on peut décerner à Integrity le trophée annuel du « groupe qui aurait mieux fait de rester coincé à la douane parce que, putain, quand ça veut pas, ça veut pas ». Alors que la Warzone a été à surcapacité tout le week-end, seulement trois quatre personnes se positionnent devant la scène deux minutes avant que les parrains du hardcore holy terror envoient « Vocal Test ». Tout le monde est devant Prophets Of Rage ou Scour. Ou en train de cuver dans un coin parce que oui, c’est dur, le dimanche. Comme en plus, le guitariste Dom Romeo a un énorme pansement au majeur de la main gauche (« tout un symbole », comme disent les journalistes sportifs) qui lui fait à peu près foirer tout ce qu’il joue (au point de manquer de se vautrer lors d’un petit saut de cabri mal assuré), que l’ampli basse décide de se mettre en grève pendant cinq minutes, qu’on ne pige rien à ce que grogne Dwid entre les morceaux, que le batteur souffre visiblement beaucoup de la chaleur et que l’intro interminable de « Fear Tomorrow » achève, et pas dans le bon sens du terme, les derniers fidèles, c’est la lose totale. Dommage, parce qu’on note quelques très bons moments (« Jagged Visions ») et la setlist s’avère plutôt cool (avec l’EP Humanity is the Devil quasiment joué en entier). Programmé pour jouer une heure, Integrity arrête finalement les frais au bout d’une quarantaine de minutes. Tant mieux. Le point fête de la musique pour conclure : une reprise des Misfits, « Hybrid Moments », à la fin d’un set en forme de calvaire.
Petit instant surréaliste au moment où raisonne la musique d’intro de Slayer sur la Main Stage 2 : toute une armée de techniciens avec des casques de toutes les couleurs démontent la scénographie de Linkin Park sur la Main Stage 2. Ce qui ressemble à une pub Manpower un brin malsaine ou à un clip ambitieux mais très foiré de Kraftwerk, au choix. Mais revenons à Slayer. L’année dernière, avec un Tom Araya tout sourire et un son dégueulasse, ça sentait clairement le sapin. Mais le concert avait lieu en fin d’après-midi et ce soir, à une heure du matin, papy Araya retrouve son air mi-énervé, mi-stoïque – il doit avoir envie d’aller se coucher et ça le rend grognon –, le son est parfait, et on ne boudera jamais notre plaisir de voir Paul Bostaph et Gary Holt jouer du Slayer avec les deux chefs d’entreprise rincés. Passé le « Repentless » d’entrée, c’est le programme greatest hits qui est activé (nom de code : Reign in South of the Abyss) et on connaît déjà la fin de l’histoire. Et si on ne reste pas plus longtemps devant les rois du thrash, c’est parce que The Dillinger Escape Plan joue au même moment sur la Warzone pour sa tournée d’adieu. Et on sait très bien qu’on pourra revoir Slayer jouer « Raining Blood » et « Angel of Death » au moins jusqu’au Hellfest 2033. (B.R.)

The Dillinger Escape Plan (c) Ronan Thenadey

En charge de clôturer le Hellfest côté Warzone, les Dillinger Escape Plan nous offrent un set qui revisite leur discographie, à l’heure des dernières dates du groupe après l’annonce du split. Des panneaux de Led bleus baignent la scène d’une lumière aquatique alors que retentissent les premières notes de « Prancer ». Le groupe remercie le public d’être resté, et celui-ci le lui rend bien. Ça commence fort : le son est parfait, les musiciens remuent de façon frénétique, Greg Pusciato chante au mieux alors que des gerbes de feu jaillissent des palissades alentours. Puis c’est l’avalanche de tubes (enfin, façon Dillinger) : « Symptom of Terminal Illness », titre mélodique et épique du dernier album Dissociation, « Black Bubblegum » et « Milk Lizard » tirés d’Ire Works, ce dernier faisant remuer la foule avec son riff accrocheur, ou encore le méconnu « Happiness is a Smile », superbe morceau sorti sur un obscur 7”)… Sur le pont de « Surrogate » tiré du dernier album Dissociation, le guitariste Ben qui a passé son temps à jouer les équilibristes sur un flight case, se lance dans une gestuelle à l’exagération clownesque en laissant tomber ses bras en arrière à chaque accord. On les sent s’amuser, le public est conquis, et lorsque le magnifique « Sunshine the Werewolf » retentit, c’est l’apothéose. Un morceau plus tard, ils finissent sur leur classique des débuts, « 43% Burnt ». Sachant qu’entre les titres “tubesques”, les morceaux de bravoure à la « Panasonic Youth » ou « Farewell Monalisa » et les compo plus contrastées, rien ne nous a été épargné, on se dit que la boucle est bouclée, comme en témoignent les sourires d’un public rincé mais heureux. (El.D.)

Primus (c) Ronan Thenadey

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