DÄLEK – Blindtest

DälekDonner suite au tonitruant Absence n’était pas chose aisée. Le duo du New Jersey allait-il poursuivre plus avant ses expérimentions bruitistes et distordues – sur les traces de My Bloody Valentine ou Faust mais dans le cadre du hip-hop – au risque de se répéter ? Abandoned Language répond non. Le « mur du son » de Dälek, aujourd’hui plus subtil et envoûtant que dur et agressif, n’a rien perdu de son intérêt et offre toujours de nombreux niveaux d’écoute et de lecture.En son et en parole donc… Noise a coincé Dälek lors de sa dernière tournée pour un petit blindtest…

THE YOUNG GODS
« I’am the Drug »
extrait de Super Ready/Fragmenté.

Une facile pour com­mencer…
Dälek (au bout d’une minute) : Whaou, … Je suis censé connaî­tre ?
Je crois oui (rires), c’est un groupe européen…
Un groupe européen, euh… Les Young Gods ?
Oui c’est ça…
(Rires)… et ça devait être facile… Je n’avais jamais entendu les Young Gods, c’est la première fois.
Ah bon ?
Oui oui, on va faire quelque chose ensem­ble bientôt et le plus excitant là dedans, c’est justement que je n’avais jamais en­tendu leur musique… Histoire de n’avoir aucun a priori et tout à découvrir. Bien sûr j’ai beaucoup entendu parler d’eux, en bien, mais mon plan était justement de ne pas écouter les Young Gods avant cette collaboration…
(Rires) Merde alors…
(Rires) Oui, vous venez de tout foutre en l’air, si notre travail commun est merdique ce sera votre faute, pas la mienne (Rires).
Comment est venue l’idée de cette col­laboration alors ?
On les a rencontrés il y a un mois en Suisse, ils sont venu voir un ou deux de nos concerts et ont apprécié, ce qui est un honneur… Avoir des musiciens si respec­tés qui te proposent une collaboration… Faust, puis maintenant les Young Gods, je ne sais pas comment ça se fait, nous sommes chanceux. Nous n’avons passé qu’une longue soirée ensemble, mais j’avais l’impression de les connaître depuis toujours et d’être amis avec eux depuis longtemps. Je pense donc que ce projet va être fructueux, les rapports humains sont un facteur très important – voire primordial – dans ce genre de collaborations.
Franz, des Young Gods m’a dit que vous devriez jouer des chansons des Young Gods, puis de Dälek et d’autres compo­sées en commun.
C’était l’idée initiale, mais tout a le temps de changer, nous allons en Suisse en juin et nous verrons bien. Je pense que ce sera différent… Si tu prends le disque Faust/Dälek, il ne ressemble ni à un disque de Dälek ni à un disque de Faust, même si tu y retrouves des éléments des deux grou­pes. Nous allons jouer aux Eurockéénnes, en Suisse, à Paris et quelques autres fes­tivals.
Un disque commun après ?
Je ne sais pas encore, mais il y a de for­tes chances que ça se termine comme ça (rires).

FAITH NO MORE & BOO YAA T.R.I.B.E.
« Another Body Murdered »
extrait de la B.O du film Judgement Night

Public Enemy ?
Non.
Ah bon, ce n’est pas Chuck D ? Merde alors… non je ne sais pas ? C’est quoi ?
Faith no More et Boo Yaa Tribe sur…
Ah ! La BO de Judgement Night… c’est marrant… Putain, c’est vraiment un album horrible…
Ah ouais ?
Oui, c’est vraiment l’un des disques les plus mauvais que j’ai entendus de toute ma vie. Le film n’est vraiment pas terrible non plus… Voilà l’exemple parfait du truc qui semble intéressant sur le papier mais qui au final se révèle une belle catastrophe. La collaboration entre les Young Gods et Dälek sera à l’opposé de ça. Mike (Ndlr : Patton) sait ce que j’en pense, il ne sera pas surpris s’il lit ça. On en a déjà discu­té… Je lui ai dit qu’il était l’une des raisons pour lesquelles le rap-metal existe et que j’ai la haine contre lui pour ça (rires).

(Certain membres de Picore, qui ouvrent pour Dälek, arrivent dans les loges pour manger)

PORN (THE MEN OF)
« Fat Trout »
extrait de l’album American Style

D : Je ne sais pas… putain je suis vraiment mauvais à ce jeu-là… c’est quoi ?
C’est Porn, là aussi il y a une collaboration en vue, non ?
D : Porn ?! Putain oui, mais que m’arrive-t-il ? (Rires) Non, mais j’ai une bonne excuse là aussi (rires). Ils nous ont juste envoyés des fichiers pro-tools et je n’ai pas écouté les morceaux en entier. Juste par bouts : les pistes guitare, puis les pistes batteries puis les pistes basse, etc., que j’ai réas­semblées pour en faire quelque chose de complètement nouveau. Je leur ai ren­voyés, et apparemment ça leur a plu. Tim (Ndlr : Moss, leader de Porn) va bientôt ve­nir dans notre studio au New Jersey pour faire quelques overdubs et finaliser tout ça. On est devenu ami, car Tim est le tour ma­nager de Fantômas, des Melvins, etc., des groupes avec qui nous tournons souvent, c’est comme cela que nous sommes de­venus amis et que l’idée est née.
Et ça, ça va sonner rap-metal ? (Rires)
Noooon, rien de ce que nous ferons ne sonnera comme du rap metal. Si ça sonne comme… merde comment ça s’appelle, le gars est président d’un label maintenant… ah, Limp Bizkit ! Si ça sonne comme Limp Bizkit on le détruit, c’est notre règle nu­méro 1 ! (Rires)

COCTEAU TWINS
« Wax and Wane »
extrait de Garlands.

Je suis mauvais, je suis mauvais !
(Rires), ce sont les Cocteau Twins.
D : Ah, j’allais le dire en plus, mais j’imagine que ça ne compte pas (rires). Non sans blague, en tout cas j’allais dire que c’est vraiment bien. J’adore sur­tout leur album, Heaven or Las Vegas et les BBC sessions, c’est lequel celui là ?
Le premier.
Oui, c’est assez différent des autres. « Cherry Coloured Funk » est ma chanson préférée des Cocteaux Twins, j’aime tout chez eux, la voix, le son des guitares…
Tu m’avais dit avoir produit l’album d’une chanteuse country dont la voix te faisait penser à celle de Liz Frazer.
Oui, on a fini cet album, c’est dingue aucun label n’en veut. L’album est terminé, elle fait des concerts. Je pense qu’un des problè­mes est qu’elle ne trouve pas un backing band capable de bien restituer l’album… Franchement, c’est l’un des disques sur lesquels j’ai travaillé que je préfère…
Demande à Patton de le sortir…
Mike Patton ne peut pas TOUT sortir (ri­res).
C’est vrai… Bon, une vraiment facile maintenant.
Fais-moi écouter une de mes chansons, là ça ce sera vraiment facile ! (Rires)

KRAFTWERK
« Autobahn »
extrait de l’album Autobahn

D (tout de suite) : Krafwerk ! Yeahhhh ! J’ai gagné ! (Rires) Oui, c’est un groupe que j’adore, comme Faust… C’est marrant ce terme Krautrock, car Kraftwek n’a rien à voir musicalement avec Faust ou Can par exemple. Dans les années 80 beaucoup de DJs avaient du Kraftwerk dans leur besace et les pas­saient dans les soirées hip-hop, beaucoup les ont samplé aussi… J’aime beaucoup leurs albums. D’ailleurs il y a deux ans aux Eurockéénnes j’ai profité de mon pass backstage pour aller les voir de prés, histoire vérifier ce qu’ils font vraiment sur scène, s’ils ne checkent pas leurs e-mails par exemple… (Rires) C’était bien, le son était incroyable, mais je me disais : bon ils sont vraiment devenus des robots, ou alors il lisent leurs e-mails ou jouent à des jeux vidéos, c’est pas possible ? (Rires) C’est une grosse influence et un groupe vraiment en avance sur son temps.

KILL THE THRILL
« Body »
extrait de Tellurique

Une facile encore…
(Mike, guitariste de Dälek sur cette tournée passe par là)
D: Bon pour l’instant ça pourrait être n’importe quoi… Joe, aide moi, c’est quoi ? Faust ? Non
Mike : Ah, c’est Kill the Thrill
Oui, c’est ça.
D: Je suis nul, j’aurais du tout reconnaître depuis le début, et je n’en ai trouvé qu’un : Kraftwerk !
M: J’ai reconnu lorsque Nicolas s’est mis à chanter.
D: J’adore les Kill The Thrill, ils me man­quent, ils ne sont plus sur la tournée, ils sont fantastiques, c’est une honte qu’ils ne soient pas davantage connus, eux aussi étaient en avance sur leur temps. Je n’ai jamais vu My Bloody Valentine live, mais je pense que le son que devellope KTT sur scène doit en être proche, ils sont vraiment puissants, surtout quand tu penses qu’ils n’ont pas de batteur mais une boîte à rythmes… Je suis content qu’ils continuent. Ils m’ont dit quel­que chose qui m’a profondément touché : que faire cette tournée avec nous leur avait donné de l’inspiration et de la motivation pour continuer, pour enregistrer un nouvel album, et franchement rien ne peut me faire plus plaisir. J’espère que nous tournerons à nouveau ensemble et que nous collabore­rons, on verra… Nicolas est venu chanter avec nous l’autre jour et franchement c’était vraiment le moment le plus intense du con­cert.
Tu les connaissais avant ?
On s’était rencontré à certains de nos con­certs en Suisse, nous avions discuté et émis l’idée de tourner ensemble. C’est un peu pareil pour Picore, nous avions joué avec eux à Lyon – un des plus mauvais concerts que j’ai donné de ma vie –, et ensuite nous avons eu l’opportunité de faire cette tournée française ensemble. Et le plus drôle, c’est qu’on nous a justement proposé Kill The Thrill en plus, du pur hasard ! C’est un bon package car Picore et Uzul Prod ont notre côté hip hop et dub et Kill the Thrill notre côté noise et industriel.
Vous avez rencontré Picore à Lyon donc.
Oui, on jouait sur ce putain de bateau. J’espère qu’il va couler, je déteste cet en­droit (rires). Notre concert de là-bas l’autre jour était encore désastreux, c’est notre « malédiction Lyonnaise ».

JAY Z & LINKIN PARK
« Dirt off your shoulder/Lying from you »
extrait de Collision Course

M : Ah je sais, c’est ce groupe… là, cinq mecs et un DJ, ce groupe de neo metal…
D : Ah ! Jay Z et Linkin Park, beurk ! Si ça sonne comme Limp Bizkit, tu connais la suite, c’est la loi de Dälek… (Rires) Jay Z aurait dû respecter la loi Dälek ! Jay, enfin, tu as l’argent, tu as les femmes (Ndlr : sa compagne n’est autre que la chanteuse de R’n’B Beyonce), avais-tu vraiment besoin de faire ça ?
Pourtant, j’ai vu dans plusieurs de tes playlists que tu écoutais Jay Z…
J’écoute surtout Jay Z en solo et j’étais curieux de voir ce que donnait cette col­laboration. J’adore son Black album, il est parfait, mais je n’aime ni cet album avec Linkin Park ni le nouveau qui vient de sor­tir…

JESU
« Conqueror »
extrait de l’album Conqueror

(Mike essaye de lui souffler discrètement qu’il s’agit de Jesu)
D : (l’air de rien) : JESU !
(Rires)…
C’est notre frère. Mister Broadrick. Malheureusement je ne l’ai pas vu depuis bien deux ans… Tiens, la derniè­re fois c’était ici (Ndlr : Confort Moderne, à Poitiers), quand nous avions joué avec Isis et Jesu. C’est l’une des rares person­nes que je peux qualifier de génie sans problème. Il s’est réinventé au moins une douzaine de fois et à chaque fois des sui­veurs l’ont pillé. Regarde: Napalm Death, Godflesh, Ice,God, Techno Animal, Final, Curse of the Golden Vampire. Il n’arrête jamais. Dés que le monde est enfin prêt à accepter ce qu’il fait, il est déjà passé à autre chose. Il y a tellement de gens qui aiment Techno Animal maintenant, mais il y a dix ans ? C’est impressionnant. Ma chanson préférée de Jesu est « Friends are Evil ». Je pense d’ailleurs que je suis l’un de ses « evil friends ». (Rires) J’adore le nouvel album et le EP Sunrise/Sundown.
Tu avais collaboré au dernier album de Techno Animal…
Oui, c’est à l’époque ou nous nous sommes rencontrés, nous avions fait une tournée européenne avec eux puis j’ai bossé sur un 12? (Ndlr : Techno Animal/Dälek soun­dclash single, «Megaton» b/w «Classical Homicide») qui est sorti sur Matador et on retrouve ça sur l’album Brotherhood of the Bomb. Justin est aux USA avec Isis en ce moment, il est arrivé à New York le jour même ou nous partions pour l’Europe…
Ils ont eux quelques soucis, en rapport à leurs visas de travail, ça a retardé leur départ.
Oui, c’est toute la vie de Justin ça, il a un problème avec la chance…
Bon allez, un truc facile maintenant, s’ils vous plait. Les autres sont aussi mauvais que moi à ce jeu ?
Souvent, oui, rassure toi… mais Justin est très bon à ça justement…
Ça ne m’étonne pas. Oktopus serait très bon aussi je pense, dommage qu’il garde le stand merchandising là (rires)… Mais bon, c’est plus marrant lorsque c’est un attardé comme moi qui joue, hein ? (Rires)

NICK CAVE
« Avalanche »
extrait de From Here to Eternity

(Il essaye de tricher en lorgnant sur nos CD. Un membre de Picore souffle Tom Waits)
Hum, pas loin…
M : Pas loin, mais c’est pas ça ! Bon al­lez, démerde-toi, je t’ai assez aidé…
D : Je ne sais pas…
C’est Nick Cave, qui reprend Leonard Cohen, j’avoue c’était vicieux là…
Je ne connaissais pas, il faut vraiment que je me penche sur Nick Cave.

EL-P
« Tasmanian Pain Toaster »
extrait de I’ll Sleep When You are Dead.

(Luke Lux Klan de Picore nous fait signe que Dälek n’aime pas du tout Anticon, Def Jux, etc.)
D: (aux Picore) : C’est vous ?
Luke Lux Klan : Oui, c’est ça, dans une autre vie peut être, oui (rires).
Oh, c’est El-P, mais je ne connais pas cet album…
Oui, c’est le tout nouveau ceci dit. Tu n’aimes pas, Company Flow, etc ?
D : Si, si j’aime beaucoup Company Flow, mais je ne sais pas… Si tu me fais écouter du vieil R n’ b, je pense que je trouverai plus faci­lement. Pas mal de gens seraient surpris de voir que j’écoute, des trucs plutôt doux en fait, assez éloignés de Dälek. Ou du hip hop old-school, celui avec lequel j’ai grandi… Cet album d’El-P est bien ?
Pas encore beaucoup écouté, mais il a l’air intéressant, Trent Reznor ou les gars de Mars Volta sont dessus… Bon allez, une dernière.

STARKWEATHER
« Slither »
extrait de Croatoan

D: Isis !
M: Non…
C’est un groupe qui a enregistré dans vos studios…
D: Sunno ))) ?
M: oh non, c’est Starkweather !
D : Ah oui seulement ce n’est pas moi qui les ai enregistré, mais Oktopus. J’ai fais un remix pour eux, non ?
M: Non.
D: Ah bon, merde (Rires)… J’ai du rêver que je le faisait alors (rires) ! Je ne connais rien d’eux mis à part ce qu’ils ont enre­gistré chez nous, et ça me semble assez différent…
M: Ouais, c’est très différent, beaucoup plus heavy.D : Bon, c’est bon, c’est fini ? Ouffff… Bon, qu’avons-nous appris aujourd’hui ? Que je n’ y connais absolument rien en musique ! Au revoir tout le monde (Rires) !
La prochaine fois, on fera l’inverse, tu nous concocteras un blind-test.
Oui ! Ah putain je vais chercher toutes les infos disponibles sur toi mec, retrouver la démo du groupe que tu faisais quand tu avais douze ans et te la faire écouter. Tu ne reconnaîtras pas et tu te taperas la honte. (Rires)

DÄLEK
Abandoned Language
(Ipecac/Southern/Differ-ant)
www.deadverse.com